Vote ou crève (Masters of horror, épisode 6)

Changement de ton dans la série avec cet épisode de Joe Dante (réalisateur des 2 Gremlins) qui s’attaque frontalement à l’administration Bush et à sa façon de traiter et de vendre sa guerre en Irak. Ici, le cadre est celui du film de morts vivants qui ne sont ni plus ni moins que les soldats morts à la guerre, ressuscitant aux Etats-Unis avec pour seule objectif de….voter aux élections présidentielles !

Vote ou crève”, les manipulations des politiciens

La farce politique et satirique brasse l’ensemble des griefs émis à l’encontre de l’administration Bush : critique implicite du Patriot Act et des atteintes à certaines libertés citoyennes, manipulation des votes (évocation explicite de la Floride qui avait fait basculer le vote du côté de Bush pour son premier mandat), présence d’un camp qui n’est pas sans évoquer Guantanamo, ironie autour du discours religieux fondamentaliste… Les conseillers politiques en prennent aussi pour leur grade : cyniques, pragmatiques, ils n’hésitent pas à manier le verbe pour tromper la population et vendre le mensonge de la guerre (le mot Irak n’est jamais prononcé mais ce silence est a contrario assourdissant). Le film est l’occasion de mettre en lumière les manipulations politiciennes : le retour des morts est d’abord vu comme un point positif (le premier vote pour le président) mais rapidement, ces vétérans ressuscités posent problème et, étonnamment, on décide de leur retirer le droit de vote…
Sur le plan du sens, si les morts se réveillent, c’est pour venir demander des comptes à l’administration qui les a envoyé à la guerre sous un prétexte fallacieux. Le film donne la parole à ceux qui ne l’ont plus, à ceux qui sont les premières victimes d’une politique fondée sur le mensonge généralisé. Or, le premier mode d’action est le vote, c’est-à-dire la voie purement démocratique et pacifique… Mais une fois le président réélu, place à l’action : trahis par leur gouvernement mais également trahis par la population civile, prise au piège des beaux discours, tous les vétérans des guerres (Corée, Viet Nam…) se réveillent. C’est que le vote est la cause de la guerre, ou du moins lui donne une légitimité que conteste les soldats : la critique à l’encontre des électeurs est forte et réactive les vertus métaphoriques des zombies (les électeurs comme êtres décérébrés, ce sont eux les morts-vivants…).

Autre aspect intéressant, Vote ou crève dessine en creux la manière dont les vétérans sont traités à leur retour : s’ils sont des zombies, c’est parce qu’ils n’ont pas retrouver de place, ni même de reconnaissance (politique, citoyenne, sociale) dans la société qui les accueille de nouveau. Ils ne sont, littéralement que de la chair à canon, simple prolongement organique de la politique présidentielle.

Cet épisode est incroyablement ancrée dans l’actualité américaine (donc mondiale). Vote ou crève articule référence et genre cinématographique (des clins d’œil à Romero, de La nuit des morts-vivants au récent Land of the dead) avec iconographie et images médiatiques actuelles (les talk show, les cercueils recouverts par le drapeau américain et que l’on cherche à cacher) pour révéler la face obscure de la guerre en Irak. Même si pour nous, le film ne fait que mettre en image des griefs connus, il faut reconnaître que la charge est efficace et renouvelle l’usage politique du film de morts-vivants (tous les films de Romero sont de grands films politiques). Grotesque, comique, jouant explicitement d’une esthétique très série B, Vote ou crève est une alternative bouffonne à une réalité politique dramatique.

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