Le village des damnés (1960): adorables tètes blondes…

de Wolf Rilla. Pour me préparer aux affres de la paternité, quoi de mieux que Le village des damnés où le Mal prend la forme d’adorables tètes blondes qui viennent perturber la tranquillité d’un petit village anglais. Quelques cinquante années après sa sortie, cette première version (John Carpenter en fera un remake en 1995) garde un charme certain, notamment grâce à un scénario efficace et malin qui approfondit la grande tendance paranoïaque des films de science-fiction des années 60. L’entrée en scène se fait in medias res : nous voyons tous les habitants d’un village tombés inanimés, sans aucune raison apparente. L’armée ne tarde pas à réagir (dans un contexte de guerre froide, l’armée constitue systématiquement un personnage à part entière) ou du moins ne tarde pas à constater les dégâts : face à elle, une zone qu’elle ne peut pénétrer. Ici, la grande force est de ne recourir à aucun effet spécial : le mal existe mais reste non identifié, il ne trouve aucune explication. Le mystère naît de cette première étape qui apparaît comme une parenthèse coupée du passé et du futur.

Une bande de bambins diaboliques “Le village des damnés”

Mais quelque chose a changé : toutes les femmes du village sont mystérieusement tombées enceintes, sans même avoir connu de relations sexuelles (on notera au passage l’intelligence de la mise en scène qui montre différentes réactions liées à une grossesse imprévue : bonheur, suspicion etc…). Les progénitures naissent en avance, anormalement développées et d’emblée elles semblent différentes, inquiétantes. Si Le village des damnés continuent encore aujourd’hui à fasciner, c’est sans doute grâce à cette idée simple : faire naître la menace des êtres qui incarnent dans la psyché collective la quintessence de l’innocence, inscrire le Mal dans un lieu inattendu, bref, employer au maximum le contraste entre la surface (le corps, l’image des enfants) et la profondeur, la sourde inquiétude qui ne trouve pas de forme stable et cohérente. Le sentiment est d’autant plus fort que cette intrusion de l’élément étranger au cœur de la communauté, et plus précisément encore, au cœur de l’intégrité physique de cette communauté, en manipulant les corps qui assurent son existence et sa pérennité (la femme), ne s’explique par aucune autre finalité que la simple survie de ces corps étrangers. Le film est tout entier tourné sur le rapport d’un parasite à son hôte, l’un et l’autre ne devant survivre qu’en se combattant. On reconnaît bien sûr les grandes problématiques de la sf type guerre froide quand l’ennemi est à l’intérieur et non à l’extérieur de la communauté (rappelons-nous la chasse aux sorcières communistes…), quand il menace la cohérence du groupe.

Aujourd’hui, on aurait tendance à voir dans ce film (et surtout dans celui de Carpenter) une critique de l’enfant roi, de la domination qu’il a sur l’adulte. Si toutes les interprétations restent possibles, le sentiment à la vision du film reste le même, une sourde angoisse qui vient se nicher dans ce qu’il y a de plus familier et rassurant… Dès lors, n’est-ce pas là plutôt qu’un film sf, un véritable film fantastique ?

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