V pour Vendetta (2006)

De James McTeigue. Autant le dire tout de suite, ce blockbuster des frères Wachowski ne m’a pas complètement convaincu, notamment par un traitement esthétique cohérent mais finalement assez plat et terne, avec très peu de trouvailles visuelles et un ensemble éclairage/lumière assez décevant. L’histoire avait pourtant un vrai potentiel, mêlant habilement film d’action et thriller politique dans un monde orwellien jouant pleinement sur les références aux totalitarismes contemporains et aux dangers actuels d’une instrumentalisation de la menace terroriste. Malheureusement, le traitement narratif est assez confus et le film par moments plutôt bavard et dissertatif… Mais ne noircissons pas trop le tableau!

V pour vendetta, le peuple déserte les confortables fauteuils pour se jeter dans la rue

L’histoire de ce super héros est en effet pertinente dans son traitement symbolique de la thématique du masque (le masque du héros certes mais aussi le masque que prend un pouvoir illégitime). Ainsi, le héros n’est à aucun moment individualisé, il n’est qu’un masque, c’est-à-dire symbole vivant, allégorie d’une idée (anarchique ou du moins politique dans sa détermination minimale) en marche. Cette détermination (fortement et malheureusement trop glosée dans le film) révèle toute son efficacité dans la scène finale où chaque individu du “peuple” porte le même masque que le héros, vision stupéfiante qui matérialise la pénétration d’une idée dans une masse soumise bien évidemment au média de masse qu’est…la télévision! Beaucoup de scènes nous montrent ce “peuple” devant la télé, organe d’un pouvoir usurpé et manipulateur. Il n’est donc pas étonnant que pour réveiller la foule, l’un des premiers actes de V soit de prendre possession de la télévision. Le film marque d’ailleurs cette progression et se construit sur le parallèlisme de deux ensembles de scènes: le peuple finissant par déserter les confortables fauteuils pour se jeter dans la rue, pour passer de la passivité la plus totale à un engagement actif.

V pour Vendetta, un film agrèable

A la fois terroriste et justicier, V est assez ambigü et initie une réflexion sur le rôle et la légitimité de la violence (terroriste ici), de là à y voir un brûlot anarchiste ou une apologie du terrorisme… Restons sérieux! L’intertexte qu’est Le Comte de Monte Cristo qui structure en profondeur le film (de nombreuses références y sont faites) peut en effet affaiblir la portée initiale du propos puisque le Comte se venge à cause d’une offense personnelle (ce qui est aussi le cas, dans une certaine mesure, de V) et sa vengeance n’a pas réellement de portée politique… C’est finalement l’hésitation finale du film: V est-il le produit d’un système politique totalitaire et vicié ou le simple produit d’une histoire personnelle?

V pour Vendetta résonne néanmoins de tant de références à notre époque, aux périls qu’elle côtoie quotidiennement, qu’on peut tout de même féliciter l’audace d’un grand studio choisissant d’adapter un héros sulfureux et une histoire bien peu politiquement correcte. Malgré la déception initiale, ce film se laisse donc regarder avec plaisir, on suit l’histoire paisiblement, Natalie Portman ajoutant une caution esthétique d’un tout autre genre…mais des plus agréable!

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