palmarès juin 2012

THX 1138 (1971, Director’s cut soit l’excellente version DVD)

THX 1138 est le premier film de George Lucas et sans doute y retrouve-t-on certaines prémisses (thématiques et formelles) de la Guerre des étoiles, prémisses qui prennent néanmoins une forme radicalement différente car THX est avant tout avant-gardiste, quasi expérimental, à des années lumières du Space Opera qui suivra… L’histoire en quelques mots : au XXVème siècle, l’ouvrier THX 1138 vit dans une cité souterraine dirigé par un système totalitaire et aliénant. Après avoir fait l’amour avec LUH 3417 (crime puni et proscrit par la Loi), il est arrêté. Suit un grand principe de ce type de SF, soit le personnage principal qui cherche à échapper au système et au monde qui l’aliénaient jusqu’ici…

THX 1138, une science fiction

L’ouverture annonce la couleur : nous voyons un extrait du serial Buck Jones, incarnation parfaite du Space Opera puis cut, plongée dans l’univers aseptisé de THX. Pas de voyages interstellaires, pas de combats spatiaux, pas de vaisseaux ici, au contraire, la science-fiction s’inscrit dans la tradition du 1984 de George Orwell, soit la représentation d’une contre utopie, la mise en place d’un monde totalitaire et aliénant où le système prive l’homme de tous ses attributs individuels et personnels. Le pouvoir est d’emblée présenté comme une manifestation à l’origine indéfinissable : la multiplication des écrans de contrôles illustre un principe de médiation qui coupe les hommes du foyer d’autorité. Durant tout le film, les écrans servent ainsi à signifier un monde sous contrôle total (soit la déclinaison de Big Brother ou du Hal de 2001), où rien n’échappe à un regard indéfini mais ils illustrent également une dévitalisation de l’humain devenu simple image à dominer et à programmer. Ainsi, la prédominance d’un langage de chiffres et de codes (dont l’emblème est bien évidemment le nom du personnage) illustre l’importance d’un contrôle rationnel, informatique de l’humain. Car, le monde dépeint ici repose non seulement sur un principe d’aliénation et de soumission volontaire (soit le motif de l’auto-médication, l’individu acceptant de se droguer, donc d’être plus malléable) mais surtout sur un principe de gestion économique (l’homme a un coût d’entretien, ce qui explique le brusque dénouement du film, THX étant jugé irrécupérable à partir du moment où son coût devient trop élevé). Le système vise ensuite à éliminer tout ce qui est inattendu et tout ce qui fait l’énergie et la vitalité de l’homme (violence, sexe, nourriture d’où la scène d’amour fondatrice où c’est charnellement, c’est-à-dire dans la pulsion sexuelle, que THX éprouve le besoin de « s’opposer » au système, où il prend conscience de la non satisfaction qu’il implique) : la communauté accepte que ses besoins soient contentés par le système, le système ne vit que pour reproduire et entretenir ces besoins, soit un cercle fermé et absurde. Bien évidemment, ces besoins sont communs et visent à l’uniformisation radicale des individus (autre topos de ce type de sf), ce qui explique l’uniforme blanc et les têtes rasées de la population. Tout écart est à proscrire…

Un monde sous terrain, une prison

L’espace devient le signe de l’enfermement qu’implique le système. Premier temps : peinture de ce monde sous terrain. THX est très souvent enfermé dans le cadre (soit selon le principe du cadre dans le cadre, soit par réduction de son espace vital). Il est aussi enfermé dans un espace labyrinthique : le travail sur la profondeur de champ accentue les effets de grandeurs et d’étalement tout en créant un espace structuré par de fortes lignes de fuite qui emprisonnent le personnage. Second espace : celui de la prison. Tout y est blanc donc impossible de déterminer une limite. Quand THX cherche à s’échapper, Lucas travaille à désorienter le spectateur par une multiplication de faux raccords, de variations de points de vue qui finissent par perturber le principe de la ligne de fuite (soit aller d’u point a à b selon un itinéraire irréversible) et qui accentuent l’impression d’un enfermement dans l’immensité même (Lucas semble avoir bien compris l’un des ressorts de 2001…).

Enjeu dramatique

Dés lors, si l’espace est rationnel et rationalisé, pour le vivre humainement, il s’agira d’établir des parcours nouveaux (donc d’entrer dans des espaces inconnus) qui perturberont les lignes et les limites imposées. On le quittera ainsi par des interstices et enfin par le haut, là où tout ne semblait pourtant qu’empilement de niveaux horizontaux. Le dénouement pointe alors ouvertement vers le mythe platonicien de la caverne (le dernier plan est explicite) puisque le trajet est aussi trajet d’une conscience vers la vérité (càd vers la lumière), mais surtout réappropriation d’une vérité par une conscience. L’enjeu dramatique du film sera donc de sortir de l’espace fermé du système (d’où la métaphore de la coquille) pour accéder à une réalité qui l’excède, soit briser l’horizontalité par l’élévation corporelle et spirituelle. La troisième partie du film pourrait dés lors se penser comme une sorte de road movie, comme la poursuite entreprise par le système pour rattraper l’élément perturbateur et le ramener à la raison.

THX 1138 est un vrai moment de cinéma, chaque plan est travaillé à l’accès, chaque élément filmique porte un sens (notamment l’extraordinaire travail sur le son) et développe l’une des thématiques choisies. Il est dés lors toujours aussi étonnant de repenser au chemin pris par Lucas après ce film, soit le choix du plus grand public au détriment de la cinémathèque… Mais franchement, doit-on le regretter ?

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