The Last Show (décembre 2006)

Dernier film de la riche carrière de Robert Altman, The Last Show se met au diapason d’une œuvre qui s’achève sur la mise en scène d’une émission radio trentenaire mais condamnée par ce qu’on appelle aujourd’hui la loi du marché. Si le cinéaste est surtout connu pour sa volonté de démasquer les faux semblants des institutions, pour son œuvre de moraliste dévoilant travers sociaux et moraux, il se révèle ici beaucoup plus emprunt à la mélancolie et la structuration récurrente de ses films comme exploration et va et vient entre coulisse et scène, entre représentation et arrière plan sert bien plus le projet de décrire un temps de la disparition : celle de l’émission radio mais sans doute aussi la propre éviction du réalisateur du monde et par là même du système hollywoodien.

The Last Show monumentalise et immortalise

La première séquence donne le ton : la nuit tombe et annonce la thématique du crépuscule, la voix de Noir, chef de la sécurité et synthèse du narrateur classique et de la voix off du film noir, vient raconter la disparition à venir mais présente de l’émission radio. Le zapping radio initial, raccordant entre eux différents sons, cédera quant à lui la place à la structure éclatée du film choral (passage du son à l’image donc) tout en désignant l’assemblage éclectique que constitue l’émission radio, mélangeant musique country, folk et spots publicitaires. La réalisation d’Altman travaille le motif du passage et de l’éphémère : travellings et plans séquences cherchent à en saisir la matérialité. D’un côté, le film monumentalise et immortalise, fixant sur la pellicule ce qui ne se donnera plus tard que sous la forme du souvenir, de l’autre, parce qu’il est art du défilement, il ne peut qu’accompagner cette lente et progressive disparition, jusqu’à la fin de l’émission, donc du film lui-même.

La caméra assure la cohérence du tout

Ainsi, la caméra n’arrête jamais sa marche et, alors même que l’on croit à la possibilité du plan fixe, elle cède au mouvement, aussi infime soit-il (léger panoramique ou recadrage). C’est in fine la caméra elle-même, donc le mouvement qu’elle implique, qui assure la cohérence du tout, elle assemble ceux que le temps de l’émission sépare, révèle les liens qui les unissent. Or, le temps qui passe, c’est aussi la mémoire que l’on échange et communique par la parole, d’où l’importance de toutes ces anecdotes et souvenirs qui ponctuent le film. Ainsi, se pose en creux la question de la transmission, symbolisée de manière exemplaire par la fille des sœurs Johnson qui, si elle participe au chant du cygne de l’émission et en reçoit la mémoire, n’en demeurera pas moins l’incarnation de ce qui l’a condamné : la dernière scène du film nous la montre en working girl venant rappeler que sa retraite est loin d’être assurée…

Servi par un casting royal, par une BO agréable et par une réalisation évidemment impeccable, The Last Show ponctue la carrière d’Altman de belle manière, même si j’ai largement préféré Gosford Park… Dibi ne manquera d’ailleurs pas de vous rappeler Nashville, qu’il faudra sans doute mettre en regard avec ce dernier opus.

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