The Host (actuellement en salles, novembre 2006)

Confirmation du talent de Joon-ho Bong qui, après l’excellent Memories of murder, réussit une nouvelle fois un film hybride où l’inscription dans un genre n’empêche en rien une lecture critique de la réalité et de l’histoire coréennes. C’est que ce jeune réalisateur excelle dans le mélange des genres et des registres, passant constamment de l’action à la satire sociale, du comique au mélodramatique avec un excellent sens du rythme et un équilibre parfait dans le dosage d’éléments aussi disparates (c’était déjà le cas dans son oeuvre précédente). Sa manière de varier les tempos, de construire un espace dynamique, de livrer sa réflexion par petites touches sont autant de qualités qui font que l’on ne s’ennuie à aucun moment.

The Host, rencontre des 3 générations: grand père, fils et fille, la petite fille

Le film se veut une critique à peine voilée de l’impérialisme américain, et d’une certaine manière, les héros que composent les quatre éléments d’une famille coréenne ubuesque et pathétique représentent une forme condensée de l’histoire coréenne. Trois générations s’y rencontrent : celle du grand père, celle des deux fils et de la fille, celle de la petite fille prise en otage par le monstre. Or, le monstre est un produit de l’inconscience américaine (un scientifique jette dans la rivière Han des déchets qui créent le monstre –vous avez dit Godzilla ?) et de la soumission coréenne (je vous renvoie à la première scène) à tel point que la jeune fille kidnappée peut représenter la prise en otage d’une population par les E.U. Tout le film déploie cette idée : l’ingérence des E.U. y est décrite dans toute son hypocrisie. On voit ainsi comment l’invention d’un virus vise à contrôler la population, comment l’impérialisme s’exprime à travers le mensonge et comment les autorités coréennes se plient à cette toute puissance (médias complaisants, administrations dépassées incapables de protéger et d’écouter sa population). Dés lors, ce sont les fils de la Corée qui souffrent les premiers de l’inconscience initiale et de la soumission de leur gouvernement…

Regagner l’indépendance face à la dominance américaine

Voilà sans doute pourquoi la révolte se niche chez les sans grades (le père et le fils patron d’un snack) ou les déclassés (le second fils est diplômé mais chômeur, devient l’image de la crise économique qui a secoué le pays) : la famille, au premier abord pathétique, devient héroïque dans un retournement carnavalesque qui tend à démontrer que c’est à la Corée elle-même de se prendre en main et de regagner son indépendance face à l’influence américaine. La référence faite à l’iconographie des manifestations coréennes des années 90 (cocktail Molotov, défilé du peuple, marche dans les rues etc…) laisse peut de doutes sur les intentions du réalisateur : la réaction face au monstre (c’est-à-dire face à l’expression fantasmatique et imaginaire de la domination américaine), face au péril écologique et à la tentative de contrôle d’une population par la maîtrise et la direction de la santé publique (Foucault parlerait de biopolitique, de biopouvoir…) ne peut venir que des coréens eux-mêmes et d’un esprit contestataire. De même, le film centre son regard sur une famille qui finira par se recomposer dans la lutte. C’est que pour le réalisateur, la famille semble la cellule minimale (donc primordiale) de la société) qui par conséquent est la plus à même de lutter contre la bêtise et les errements de tous les pouvoirs.

The Host vous garantira un bon moment. Réjouissant, émouvant (on s’attache rapidement aux membres de la famille), hétéroclite, ce film est un monstre réussi qui cache derrière son inscription dans un genre populaire un véritable regard sur la Corée et les E.U. Encore une fois, ce type de film me semble rendre caduque toute tentative d’établir une frontière rigide entre cinéma populaire et cinéma d’auteur… Le discours politique et écologique ne cède en rien au divertissement, et c’est sans doute dans ce savant dosage que réside tout l’intérêt du film.

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