The Fountain (décembre 2006)

Etrange objet que The fountain, trip psychédélique qui conjugue à la vacuité du propos de vraies images et visions poétiques. Darren Aronofsky, réalisateur de Requiem for a dream (film que l’on dit « culte ») s’attache ici à représenter la quête de l’immortalité, à travers un personnage (Hugh Jackman) qui cherche à sauver la femme qu’il aime. Pour cela, il trouve bon de mêler trois époques : Espagne du XVIème siècle, époque contemporaine avec apologue scientiste à la clé et période futuriste où le héros, devenu entre temps bouddhiste, voyage dans l’espace… Entre les trois époques, une même quête, l’immortalité, une même problématique, trouver la paix et accepter la mort et ce qu’elle peut signifier.

The Fountain a une prétention métaphysique et mélange des époques

Le gros problème du film, par delà sa prétention métaphysique, c’est de vouloir syncrétiser différentes traditions (catholique, scientiste, bouddhique et même aztèque) qui sont, par nature, difficilement conciliables. Le mélange des époques, loin de complexifier le propos, le réduit paradoxalement à une peau de chagrin qui ne trouve de résolution que dans un trip bouddhique final (genre, j’ai trouvé la paix, mon karma est au top) assez ridicule et parfaitement kitsch. Un peu comme le faisait Matrix en son temps, The fountain se présente comme un pot pourri de tout et n’importe quoi, une sorte de bouillie religieuse indigeste où le gros plan et la contre plongée semblent les seules figures véhiculant un tant soit peu de sens… Regarder vers le haut, c’est regarder la possibilité de la transcendance, fixer le visage, c’est fixer la révélation épiphanique qui s’y inscrit. Aronofsky ne ménage d’ailleurs pas les effets, par moments vraiment lourdingues : je pense à la figure de la femme aimée, nouvelle Eve ou Marie Madeleine (c’est au choix), constamment baignée dans une lumière blanche et aveuglante, je pense aussi à ces portes qui donnent sur une luminosité toute religieuse. Même si le contraste fort entre lumière chaude et obscurité appuyée offre des scènes parfois magnifiques, on ne peut qu’être frappé par la relative vanité de tout cela, de cette mise en scène incapable de dépasser les poncifs du genre.

Répétition des procédés, des scènes et de la musique

La qualité plastique est bel et bien le cache misère d’une philosophie pauvre (ou d’une pauvre philosophie) alors même qu’elle s’exhibe et exhibe à longueur de film la richesse de ses emprunts. C’est là ce qui fait toute la différence avec 2001, qui n’expliquait rien, ne phrasait rien mais postulait au contraire une forme reine, véhicule de sens et d’interrogation. Par opposition, tout est ici trop souligné ou au contraire pas assez spécifié. Le film sombre rapidement dans la répétition (des procédés, des scènes, de la musique, épuisante). Tout y est boursouflé et ennuyeux. Heureusement restent, comme je le disais, de superbes images, à la qualité plastique indéniable. Mais, de belles images est-ce suffisant pour faire un film ?

Bref, The fountain boit la tasse et loin de garantir son accession à l’immortalité gagne au contraire le droit d’être oublié…

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