The Blade (1996)

De Tsui Hark. Remake d’un film de Chang Cheh (One-Armed Swordsman), The Blade réalise l’accord parfait entre les influences japonaises (Chambara), l’héritage du Wu Xia Pian traditionnel et l’originalité stylistique de son réalisateur qui renouvelle la manière de filmer et de concevoir la représentation des combats d’épée et de Kung fu. L’histoire est celle d’un jeune orphelin, Ding On , recueilli par un armurier qui lui cache son passé et plus particulièrement l’assassinat de son père par le chef d’un groupe de brigands. Un soir, il découvre la vérité et part en quête de vengeance. Amputé par la troupe de brigands, il se retirera puis mettra au point une technique de combat qui lui permettra de tout mettre en oeuvre pour se venger. C’est là un résumé des plus concis mais je garde à dessein les éléments sur lesquels se sont portés mon intérêt et ma compréhension du film.

The Blade, résurrection et transmission

The Blade peut se comprendre selon moi à partir des notions de résurrection et de transmission. La lame qui donne son titre au film est justement le symbole de ces deux notions. En effet, le sabre est respectivement ce qui fait le pont entre le passé et le présent, c’est-à dire l’objet qui rappelle la dette contractée envers le père à venger, mais incarne également la mémoire d’une période à ressusciter, période marquée par l’existence d’un modèle héroïque garantissant un équilibre social (les brigands s’en prennent dans ce film aux villageois, créant désordre et injustice à résorber). Ici, tout est affaire de résurrection (d’où une symbolique chrétienne avec notamment la présence d’un crucifix) : cellle de la mémoire cachée jusqu’ici (qui implique une redécouverte de soi) qui doit amener le héros à ressusciter la loi filiale de la vengeance mais qui doit également ressusciter chez le fils l’art du combat et les valeurs du père. Cette dialectique se déplace sur l’ensemble du film où il s’agit de donner au monde non pas une peau neuve mais plutôt de lui redonner sa forme d’antan. L’armurerie devient un autre symbole fort: son patron condamne le désir de vengeance de ses ouvriers face à l’assassinat d’un moine bouddhiste par la troupe de brigands déjà responsables du crime contre le père du héros, (vous me suivez?) l’armurerie a également oublier sa fonction essentielle -créer les armes du héros- en privilégiant le commerce au détriment des valeurs héroïques puisqu’elle vend désormais des couteaux, outils de pure consommation, consommation qui est donc l’une des valeurs dominantes d’un monde -mercantile- qui a rompu avec les racines asiatiques traditionnelles…

Caméra en retard dans le déroulement de combat

The Blade est également réputé pour la manière (révolutionnaire?) dont Tsui Hark a filmé les scènes de combat. Au lieu de privilégier une vision claire de la performance, performance traditionnellement filmée sans coupe, le réalisateur utilise un montage saccadée, furieux, qui peine à rendre lisible (visible donc) le déroulement des combats. La caméra semble toujours en retard ou du moins semble incapable de suivre l’énergie du combat. Les déterminations du héros en font l’être supérieur dont l’énergie excède toute capacité de représentation traditionnelle, la fragmentation répond au souci de donner à voir autrement non pas le combat mais plutôt l’action et le pouvoir du héros. Autre point intéressant, tous les éléments filmiques de The Blade sont affectés par les émotions, les caractères des héros. Deux exemples : le premier, au moment où le héros se réveille, une tempète vient ravager la petite cabane dans laquelle il reposait et donc donner un répondant “cosmique” à la rage intérieure ; le second dans l’usage des lumières qui n’éclairent pas pour le spectateur mais qui fonctionnent selon la psyché du héros. Ainsi, lorsque le héros découvre l’assassin de son père, la lumière éclaire ce qui permettait de le reconnaitre, à savoir ses nombreux tatouages. Le style de Tsui Hark vise donc à créer un univers filmique où les sujets affectent le monde représenté et où le monde représenté donne une image concréte des sentiments et émotions du héros.

The Blade est un chef d’oeuvre de toute première importance dans l’histoire du Wu Xia Pian. En en renouvellant l’univers, Tsui Hark a définitivement créé un précédent et une oeuvre originale dans la continuité, si je peux suggérer ce paradoxe.

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