Sunshine (avril 2007, dans les salles)

C’est sans doute le contact récent de mon compère Sanders, amateur éclairé de science-fiction, qui m’a redonné goût à la sf et qui m’a définitivement donné l’envie d’aller voir Sunshine, dernier opus de Danny Boyle, réalisateur du culte Trainspotting mais aussi du navet La Plage et du médiocre 28 jours plus tard. Je dois dire que j’ai été charmé par le film, malgré un scénario confus et quelque peu déséquilibré. Je m’explique : Sunshine, c’est trois quart de 2001 et un quart d’Alien et je serais tenté de dire qu’il aurait fallu choisir l’un ou l’autre tant le passage horrifique apparaît quelque peu décousu par rapport à l’ensemble et déséquilibre en conséquence le tout pour introduire un épisode maladroit et assez inutile par rapport à l’ensemble. Boyle n’est ni Scott, ni Kubrick mais les variations sur ces deux maîtres restent agréables notamment sur l’héritage revendiqué du second. L’histoire en quels mots : 2057, le soleil se meurt, un équipage de 7 astronautes embarqués dans le vaisseau Icarus est chargé de faire exploser une bombe au cœur du soleil pour le « réactiver ».

Sunshine joue parfaitement du décalage entre l’infime et l’infini

Inutile d’aller plus loin dans l’histoire : vous imaginez la suite. Rappelons nous qu’Icare, c’est ce petit bonhomme qui s’est brûlé les ailes en volant trop près du soleil… Ici, les incidents successifs placent l’équipage dans une situation qui implique l’impossibilité du retour en arrière. Coupé de la Terre (très rapidement d’ailleurs), le film prend la forme d’un huis clos et travaille la figure de l’enfermement (mentale, géographique) dans l’immensité, jouant parfaitement du décalage entre l’infime (l’humain) et l’infini (l’espace, le soleil). Evidemment, c’est là le premier emprunt au 2001 de Kubrick. Sunshine met assez bien en place la psychologie (quelle horreur ce mot…) des personnages et dessine rapidement mais efficacement la nature des relations qu’ils entretiennent. S’approcher du soleil, c’est s’approcher d’une source de vie qui peut prendre une signification religieuse (thématique de l’illumination et présence d’une mystique de la lumière) ou purement scientifique (comment empêcher que la source de vie s’éteigne ?). Cette piste est explorée de manière assez grossière et maladroite (notamment pour la créature…) mais pourtant ça fonctionne avec des scènes assez lyriques et parfois hypnotisantes. Mais les qualités du film sont ailleurs que dans son contenu et c’est bien là l’essentiel.

Sunshine, superposition d’une planète et du soleil

Les références à 2001 abondent (trop d’ailleurs, impossible de ne pas y penser plus de 5 minutes) : le film s’ouvre sur la superposition d’une planète et du soleil et se clôt sur un paysage où s’égare trois monolithes… De nombreux plans évoquent le chef d’œuvre de Kubrick : reflet des visages sur les casques, variation sur tout ce que la figure du cercle peut offrir (l’œil, le soleil, la forme du vaisseau et des couloirs, la rotation et le jeu sur toutes les figures de la circularité). Mais Boyle a su imposer son style. Il sait ainsi parfaitement jouer sur l’alternance du chaud et du froid (voir l’opposition de deux types de mort : l’espace est glacial, le soleil est brûlant, la mort s’inscrit donc différemment selon le contexte). Il oppose également des univers chromatiques et plastiques radicalement différents : couleurs froides, lisses du vaisseau face aux couleurs chaudes et bouillonnantes de la lumière solaire, univers végétal face à univers métallique. Mais ce qui reste le plus réussi, c’est tout le travail sur la lumière et ses déclinaisons (le film est d’ailleurs, selon moi, une ode à la lumière) qui prennent le plus souvent l’aspect de surfaces qui la filtrent ou la révèlent. Projections sur un écran, réverbérations, reflets sont des éléments stylistiques récurrents qui répondent alors à la fascination qu’elle exerce sur les personnages. Il faut noter en effet le nombre important de scènes où les personnages se retrouvent comme figés devant cette source de vie…et de mort avec cette répétition des plans sur l’œil qui regarde (héritage de Kubrick encore) et qui épouse alors la forme du soleil.

Ainsi, Sunshine est pour moi un honnête film, servi par une BO efficace et hypnotique (créée par les revenants Underworld) qui n’a qu’un seul défaut : vouloir trop compiler ce qui s’est fait de mieux en matière de SF. Mais le tout reste au dessus de la moyenne, grâce à une atmosphère vraiment prenante (bon suspens, mais surtout bonne capacité à vous projeter dans l’espace et l’infini) qui m’a scotché à quelques reprises sur mon fauteuil. Un film à voir dans une salle de ciné, évidemment… Moralité : faut que je revois vite 2001

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