Spider-man 3 (mai 2007)

de Sam Raimi. Comme toute bonne suite de blockbuster, Spider-man 3 fait le pari de faire et d’en donner toujours plus, quitte à déséquilibrer la tonalité et la teneur de l’ensemble. Plus, ça veut dire quoi?

Spider-man 3, donne toujours plus

D’abord plus de méchants, 3 au total. Les scènes d’action s’en trouvent multipliées (par opposition au second) tant sur le plan de leur longueur que de leur répétition. La contre-partie d’un tel choix est de rendre inévitable une approche rapide et lacunaire de ces personnages de méchants (on est aux antipodes d’un Batman 1 ou 2). Le film ne développe que très peu leur identité, préférant jouer sur leur passé et sur les acquis des deux volets précédents. On ne s’étonnera donc pas que le dernier venu (Venom) soit aussi le plus schématique, le plus caricatural. Toutefois, on appréciera l’approche très « numérique » de Venom et de L’homme de sable qui ne sont pas des incarnations charnelles mais au contraire des matières purement malléables (magnifique scène de la naissance de l’homme de sable) donc pleinement modelables par les technologies nouvelles. Une nouvelle fois, j’ai adoré le principe aérien qui anime le film et son mouvement. Les scènes d’action me semblent réussies même si le choix de la vitesse rend l’image parfois floue et peu lisible. Elles s’articulent assez bien avec le récit sentimental du triangle amoureux et avec le propre parcours intérieur de Peter Parker.

Passage de l’adolescence à l’âge adulte

Le film se construit dans la droite lignée des deux précédents (d’où l’importance d’un générique qui pose les éléments passés structurant ce nouvel épisode) : nous voilà sans doute au terme d’une évolution qui a définitivement entériné le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Ici, le temps de l’adolescence est fini : tous les personnages sont confrontés aux affres de l’existence, aux tracas quotidiens et à la difficulté à concilier sphère amoureuse et sphère professionnelle (voir MJ qui n’arrive plus à aimer Peter après l’échec de sa pièce) d’où la thématique de la faute et du pardon, desservie par un final un peu trop lénifiant et dégoulinant. Le pardon n’est pas le sujet du film, loin de là, non, son sujet, dans la droite ligne du premier Spider-man est celui de la responsabilité : que fait-on quand on a de « grands pouvoirs » ? Et surtout l’icône qu’est devenue Spider-Man peut–elle être pervertie par le ressentiment individuel ? Comme tout , la question du masque appelle inévitablement celle du double et du trouble, le côté obscur de Peter Parker ne faisant alors que la rendre encore plus problématique. Il est toujours bon de rappeler que la fonction du héros est de cimenter la communauté autour de valeurs communes : le héros n’existe pas comme individu mais comme pure image (d’où le rapport privilégié de la ville et de son héros) à tel point que l’exercice de son pouvoir consiste aussi à gommer l’individu qu’il est. Et justement, le film s’attache à illustrer cette labilité des deux identités : vous remarquerez par exemple qu’on l’appelle Peter alors même qu’il est en tenue de Spider-man.

Parker réconcilie avec spider-man

Le pardon fonctionne donc sur plusieurs plans et n’est pas, si l’on gratte un peu, la simple expression des fameux « bons sentiments » (même si je concède que l’écriture et la mise en scène sont bien trop boursouflées pour ne pas gâcher ce que le film a mis deux heures a préparé). Le pardon n’est pas un acte individuel mais au contraire un acte interindividuel, il est le rapport de soi à l’autre. Or, ici, le pardon, c’est d’abord l’occasion de réconcilier Parker l’individu à Spider-man l’icône, de réaffirmer une communauté de valeurs entre les deux figures. C’est aussi l’occasion de rompre définitivement ou du moins pour un temps avec l’autre que l’on a été (Spider-man noir, le Nouveau Bouffon). En ce sens, le pardon est aussi un principe de pacification de soi : il intervient quand l’individu reconnaît ses fautes et quand il est capable d’assumer ses traumatismes et de dépasser son ressentiment. L’âge adulte, c’est celui des choix et, principe concomitant du choix, de la responsabilisation : il n’y a pas de déterminisme, le mal comme le bien sont en nous et il est de notre responsabilité, d’abord de reconnaître la possibilité du Mal, ensuite de le dépasser ou de s’y vautrer. La matière noire qui contamine son support n’est que la métaphore de ce possible envahissement de soi par le Mal, le ressentiment, l’égoïsme.

Spider-man signe sa propre figure

Nous remarquons également que l’une des constantes des Spider-man est de présenter les héros et méchants comme des individus dépassés par une nature extérieure, un pouvoir technologique qui leur donne une puissance qu’ils choisissent ou pas d’employer à une fin positive. Voilà pourquoi Peter Parker pourrait, in fine, être le double du premier Bouffon qui, je le rappelle, était un être scindé dont la partie obscure avait pris le dessus. Tout ce volet devrait d’ailleurs se confronter avec les volets passés pour mieux signifier le passage du temps (un temps souvent révolu) : c’est la répétition du baiser, c’est Spider-man qui signe sa propre figure, c’est le film qui se confronte à la problématique de la suite et de la répétition.

Une nouvelle fois, Spider-man 3 s’inscrit parfaitement dans l’esprit comics. Il y a du sentiment, de l’humour (j’ai beaucoup aimé les scènes où Peter, sous l’emprise de la matière noire, se la joue tombeur) et un style esthétique parfaitement maîtrisé (notamment sur la constitution des seconds rôles). J’ai donc bien apprécié le film même si ce troisième volet reste selon moi moins réussi que les deux autres (il gagne néanmoins en noirceur) notamment parce que le discours est bien trop explicite et appuyé. J’y trouve néanmoins ce que j’y cherche : grosses scènes d’action, bons sentiments et figures rassurantes. N’est-ce pas là les principes mêmes du blockbuster ?

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