Les sorcières de Zugarramurdi de Alex de la Iglesia la critique

On s’en plaint assez souvent en le comparant au nôtre, mais le cinéma de genre espagnol maintient encore et toujours la distance avec des nouveaux projets toujours plus fous, menés tambour battant par des auteurs toujours aussi talentueux.

Álex de la Iglesia fait bien entendu partie de ces derniers. Atteignant bientôt la cinquantaine, le cinéaste prolifique ne manque pas de trouver de nouvelles idées démentes après ses derniers Balada Triste et Un Jour de chance. Cette fois c’est dans les contes et légendes espagnoles qu’il trouve le point de départ du scénario des Sorcières de Zugarramurdi, Zugarramurdi étant un petit village situé dans le pays Basque espagnol, connu pour ses histoires de réunion de sorcières dans les grottes de la région.

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Les  Sorcières de Zugarramurdi

Avant de lancer la machine et le délire total dans lequel vont plonger ses personnages, de la Iglesia n’oublie pas d’instaurer un contexte initial solide. Comme Un Jour de chance, la crise économique tient la part belle dans l’ouverture du long-métrage et qui poussera ses protagonistes dans des ennuis encore plus terribles. Madrid, des drôles de personnages peuplent la Puerta del Sol. Un Jésus et sa croix métallisés, un petit soldat en plastique, Minnie, Bob l’éponge et Patrick l’étoile de mer, l’homme invisible Tous se jettent des regards alors que Jésus s’approche d’une boutique de dépôt d’or. Tout s’enclenche lorsque le Christ sort un fusil à pompe de sa croix et déboule dans le commerce. Le soldat vient aider son partenaire au braquage qui se déroule assez bien jusqu’à ce que la police débarque et qu’une fusillade éclate à laquelle s’enchaîne une course-poursuite spectaculaire dans les rues de la capitale espagnole.

Nous entrons alors dans le vif du sujet en suivant cette petite bande de braqueurs amateurs qui tentent de fuir vers la France avec leur butin. Ils se retrouveront malgré eux les victimes de sorcières maléfiques. Avec cette ouverture géniale, Álex de la Iglesia démontre qu’il a su se donner les moyens d’avoir un budget suffisant pour accomplir cette comédie horrifique, que peu de ses pairs pourraient s’offrir aujourd’hui. Néanmoins, le caractère onéreux de l’entreprise ne fait pas tout. Car ce démarrage sur les chapeaux de roues est d’une telle puissance, qu’une fois le rythme redescendu, le long-métrage perdra de son dynamisme qui ne reviendra que lors d’un final complètement barré. Comme l’illustre son générique de début qui mélange les représentations moyenâgeuses de sorcières et de portraits de femmes célèbres et puissantes, allant d’Anne Boleyn à Angela Merkel, à vouloir trop en dire ou en faire, on risque de se perdre.

Sans doute est-ce là le gros problème des Sorcières de Zugarramurdi. Alors qu’Un jour de chance était un crescendo éprouvant vers un final déchirant, le rythme du nouveau film d’Álex de la Iglesia souffre malheureusement de la trop grande générosité du cinéaste qui surcharge inutilement un récit déjà bien efficace. Étrangement, ce n’est pas seulement la situation économique du pays qui a poussé ces drôles de gaillards à risquer leur vie pour de l’argent. Apparemment, tous ont un souci avec leur moitié ou ex-moitié en ce qui concerne José (Hugo Silva) qui n’a rien du père idéal. Déjà qu’il se grime comme le Christ pour faire son braquage, il n’oublie pas d’emmener son fils avec lui dans ses mésaventures, tout en accusant son ex-femme d’être responsable de cette situation critique. Les femmes semblent ici la source de tous les maux et l’intervention de vicieuses sorcières n’arrange rien à cette image.

Álex de la Iglesia

Álex de la Iglesia tiendrait-il tous ces propos misogynes pour régler ses propres comptes avec son ex-femme ? Possible, lorsqu’il énumère à travers ses dialogues tous les poncifs et théories toutes faites des relations amoureuses qui flanchent. Mais avant que les féministes ne crient au scandale face à la figure systématiquement malfaisante attribuée aux femmes, le cinéaste n’hésite pas non plus à dézinguer allègrement ses héros masculins. Ces couards qui rêvent d’action virile restent prisonniers de leurs pulsions sexuelles, lorsqu’ils rencontrent la belle Eva (Carolina Bang). En mode caliente puissance 1000, l’actuelle compagne du très chanceux réalisateur sait jouer de ses charmes pour mener à la baguette tous ces hommes qui ne pensent qu’à ça et les mener droit dans le piège tendu par les sorcières de la région.

Même si le tout manque de dynamisme avec des allers-retours superflus, Les Sorcières de Zugarramurdi est pourtant marqué de très belles fulgurances dans ses effets de mise en scène. De la Iglesia déborde d’idées pour donner encore plus de punch visuel à la magnifique photographie de Kiko de la Rica. Détournant le mythe des sorcières pour mieux le retourner comme un argument formellement féministe, Álex de la Iglesia ne s’interdit rien et plonge les trente dernières minutes du film dans une séquence d’hystérie collective dans les fameuses grottes de Zugarramurdi. Un cran en dessous de son précédent Un Jour de chance, on ne boude tout de même pas son plaisir devant la nouvelle folie du cinéaste espagnol, toujours aussi généreux avec son spectateur.

Sachez que Les Sorcières de Zugarramurdi est devenu le plus gros succès de l’année de l’autre côté des Pyrénées. Nous lui souhaitons le même succès par chez nous.

 

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