Sophie Scholl, les derniers jours (2006)

De Marc Rothemund. Voilà un film au propos inattaquable mais qui, malheureusement, est desservi par une mise en scène beaucoup trop illustrative.

Faiblesse de Sophie Scholl

Même si le réalisateur a su jouer avec et exploiter pleinement l’espace, il semble par contre avoir été plutôt mal à l’aise avec l’ambiance huis clos de son film, ne parvenant que très rarement à proposer d’autres figures cinématographiques que le simple découpage champ/contre-champ, certes compréhensibles par le désir de signifier l’affrontement de deux “idéologies” (même si Sophie jouée par Julia Jentsch, demeure une figure plutôt consensuelle, pacifiste et protestante et par là même éloignée de l’idéologie communiste) radicalement opposées mais qui aurait gagner à être dialectiser par des variations dans les choix des plans et dans le montage des scènes. Autre point faible du film selon moi, la musique (notamment dans le tout début), trop présente, redondante et qui a tendance à pallier justement une mise en scène plate et peu inventive. Le jeu outré de certains acteurs (je pense au président de la cours de justice et à la caricature nazie qu’est le secrétaire de l’agent de la Gestapo, Robert Mohr) m’a aussi sensiblement agacé… Pour finir le rayon critique, je dirais également qu’il aurait été intéressant de développer ce qui faisait la valeur de l’engagement (mais aussi penser son fondement) de Sophie. Mais toutes ces critiques ne suffisent pas à en faire un mauvais film!

Regard sur le passé de la Nation

Je pense que l’on pourrait l’aborder à partir de la thématique du regard. Au niveau de la production d’abord : ici, c’est un cinéaste allemand qui accepte de regarder le passé de sa Nation. Il le fait alors à travers le regard, le prisme de Sophie Scholl : le film épouse son point de vue et radicalise ce principe, une fois exécutée à la guillotine, l’écran devient noir, le spectateur perd la vue au moment où Sophie meurt. Les regards, ce sont aussi ce qui fixe le dispositif de la mise en scène: elle regarde en face ses accusateurs, elle retourne même l’accusation (“ce sera bientôt vous les accusés dira-t-elle), elle est celle capable de garder les yeux ouverts face au régime. Dans un espace déserté par le peuple (université vide, cours de justice occupée par des représentants nazis, rues vides), elle incarne la vision résistante, la conscience d’une Allemagne qui refuse le nazisme. Cette question du regard structure également l’espace dramatique: un plan se répète à de multiples reprises, on y voit Sophie lever les yeux vers une fenètre, manière de signifier comment elle s’échappe de l’espace réelle par la pensée. Ainsi, c’est le son qui fait le lien avec l’extérieur : la radio où l’on entend Hitler mais surtout les bombardements qui semblent répondre au regard d’espoir de Sophie. De même, une fois Sophie morte, on voit pour la première fois un plan d’ensemble, ouvert (par opposition à l’espace clos de l’université au début du film) où pleuvent les tracts qui lui ont couté la vie: son idée vit et c’est, on pourrait dire elle, qui nous regarde. L’échappée par l’extérieur qui succède à la décapitation et au noir marque bien ce passage de l’obscurité à la lumière, de l’obscurantisme à la conscience.

Que dire encore? L’espace se réduit progressivement autour de la figure (à entendre comme visage) de Sophie, le décor disparaît et le personnage s’assimile à une figure quasi christique: les lumières baignent son visage et, au moment de sa condamnation, le membre de la gestapo s’en va… se laver les mains… La discussion tenue entre ses deux personnages est d’ailleurs l’un des rares moment où le film dialectise son propos en dépassant les abstractions que sont liberté de parole et pacifisme. Sophie Scholl est donc un film intéressant mais qui aurait gagner à s’appuyer sur une mise en scène et une dramatisation plus audacieuse quitte à être moins didactique et à sacrifier une partie de l’émotion ressentie. Un film à voir quoi qu’il en soit, ne serait ce que pour tenter d’approcher ce que peut être une résistance spirituelle et politique.

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