Soleil Vert (1974)

Après THX 1138, je poursuis mon exploration de la sf des années 70 avec un autre film culte, Soleil Vert de Richard Fleischer, adapté du roman de Harry Harrison au titre programmatique Make Room ! Make room !. Nous sommes en 2022, les hommes ont épuisé les ressources naturelles. Seul le soleil vert, pastille mystérieuse, parvient à nourrir la population… Un policier, chargé d’enquêter sur un meurtre va découvrir l’origine de cette pastille…

Dans “Soleil Vert”, le monde passé est sous forme de souvenir

Le générique en noir et blanc se veut un condensé de l’évolution humaine et de la modernité : nous y voyons une humanité courant vers sa perte à travers les bouleversements qu’elle impose à l’équilibre écologique et naturelle de la planète. A l’espace ouvert de la nature succède l’espace fermé d’une agglomération urbaine surpeuplée. La réalité de cette science fiction est avant tout une réalité proche, actuelle : les décors sont ceux des années 70, la ville n’a rien de futuriste… La différence réside dans la saturation totale de l’espace : pas de place pour la population qui s’entasse dans des espaces contigus. Par opposition, l’espace devient signe de luxe et de richesse, critère de distinction entre les classes sociales, entre les détenteurs du pouvoir (avant tout économique) et le reste de la population. Ce monde est ensuite un monde artificiel, qui a coupé tous les ponts avec mère nature. Sol, le vieil homme qui vit avec Charlton Heston, semble constituer la seule mémoire du monde passé, mémoire capable de se souvenir pleinement du goût des aliments, des paysages et décors naturels. C’est que ce monde passé ne peut ici exister que sous la forme d’images (autrement dit de simulacres, voire la magnifique scène de la mort de Sol) ou de souvenirs. Ces deux éléments (espace saturé, perte du rapport à la nature et à la terre) créent ainsi une atmosphère (au sens propre comme au figuré) asphyxiante, claustro-phobique qui n’est pas sans rappeler le Los Angeles de Blade Runner.

Transformation des êtres humain en marchandise, Soleil vert

Comme l’indique le titre du roman initial, le sous-texte de Soleil Vert se rapporte avant tout à la question de l’espace et de la surpopulation qui implique une rationalisation maximale de sa gestion. C’est la tout le sens du dénouement du film : cette société ne peut, pour gagner de la place, que récupérer et transformer ses déchets humains. En ce sens, le fait que le colocataire d’Heston soit juif n’est sans doute en rien un hasard. Il peut ainsi incarner la mémoire d’un génocide qui visait précisément à transformer le corps en cendre, c’est à dire à gagner un espace par élimination d’une partie de la population… Les images du taylorisme et du fordisme du générique trouvent un écho à la fin du film lorsque Heston découvre l’usine produisant le soleil vert. Cette société est allée jusqu’au bout de cette rationalisation moderniste en transformant tout être humain en marchandise (voire à ce propos la scène d’émeute où les manifestants sont pleinement réifiés, ramassés à la pelleteuse mécanique). La grande thématique du film réside alors dans la réification du corps humain qui devient tout à la fois matière à transformer et à consommer. De même, les femmes s’apparentent ici à du mobilier, soit une nouvelle variation sur cette problématique.

Soleil Vert: une science fiction réaliste

Le film est prenant, grâce notamment à une structure narrative policière qui fait de Charlton Heston le prototype du policier en lutte contre le système, cherchant à révéler la vérité qu’il cache. Le travail sur l’espace et le cadre se conforme à la problématique générale du film. Une nouvelle fois, la science-fiction est aussi une manière de tenir un discours sur le monde et l’actualité : le devenir de la planète, le réchauffement planétaire et climatique ne sont-ils pas des interrogations tout à fait actuelles ? Dés lors, la force et la grande originalité du film réside dans ce cocktail détonnant entre un univers connu et reconnaissable (soit aux antipodes de la science fiction) et une possibilité qui semble étonnamment plausible. De la science fiction réaliste donc…

P.S. Dans ce film apparaît le tout premier jeu vidéo, soit l’ancètre du Pong à venir…

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