Shutter (2004)

De Banjong Pisanthanakun et Parkpoom Wongpoom. Décidément, le cinéma asiatique n’a pas son pareil pour me faire dresser les poils. Voilà donc Shutter, film thaïlandais de 2004, sorti directement en DVD et qui surfe allégrement sur la vague Ring. Un photographe réalise que le fantôme d’une jeune femme apparaît sur tous ses clichés. Ce même fantôme ne tarde pas à lui mener la vie dure, apparaissant et disparaissant sans cesse…

Dans Shutter, le fantôme renvoie à un remord, une culpabilité

Première bonne idée scénaristique : le scénario attendu, celui qui dicte le retour du fantôme, ne répond pas à l’attente suscitée par la scène d’ouverture… Il sera bien question d’une vengeance mais elle ne répondra pas au mobile le plus apparent et le plus immédiat. Il faudra donc attendre le premier tiers du film pour que s’esquisse la piste véritable… Comme souvent, la réapparition d’un être disparu implique la nécessité de punir une faute qui refait surface : le fantôme renvoie en effet systématiquement (ou quasi systématiquement) à un remord, une culpabilité qu’il s’agit d’assumer par un moyen ou un autre. Le dénouement de Shutter prend d’ailleurs cette métaphore au pied de la lettre, dans un sens hyper littéral qui concrétise parfaitement le réseau sémantique structurant le genre. Ce qui revient à la surface (de l’existence, de la photographie, de la pellicule), c’est donc une présence, qui ne devient ici visible que par l’entremise de la photographie. Jamais l’essence fantomatique de la photographie mise à jour dans La chambre claire de Roland Barthes n’avait été employée avec autant d’à propos. La photographie fixe ce qui ne laisse pas de traces, et ce qui se donnait par accident devient le ressort même du langage de l’au-delà, de cet autre dimension qui entre alors en communication avec la vie concrète du jeune photographe. Le film s’amuse d’ailleurs à développer une forme de mise en abîme qui ne cesse de questionner les moyens et les finalités d’un genre qui ne fonctionne que par l’acceptation d’une altérité radicale et impossible à rationaliser (si le film de fantôme est cathartique, il ne l’est qu’en donnant corps au mystère insondable de l’au-delà). Entre explication de mise en scène (tout est affaire de montage et de cadrage nous dit en substance le cinéaste) et volonté d’élucider ce besoin de se faire peur, Shutter est un manuel qui théorise son genre, son code expressif alors même qu’il l’utilise à plein régime. Ce n’est d’ailleurs pas là la moindre de ses qualités, de pouvoir associer réflexivité et identification horrifique.

Le fantôme ne quitte quasiment jamais le personnage

Car par delà ces considérations, ce qu’il faut bien dire, c’est que ce film fout la chair de poule (non stop pour moi) par un moyen assez rare : précisément par la multiplication des moyens, effets et scènes de peur. Le fantôme ne quitte quasiment jamais le personnage (premier indice !), impose une présence constante qui contamine tous les éléments filmiques (son, image, raccord, regard etc…). Cet excès de présence est d’autant plus angoissant que le dénouement que l’on attendait ne sert strictement à rien (manière également de mettre à distance la religion comme principe d’apaisement, second indice !)… De plus, le réalisateur maîtrise parfaitement sa grammaire du frisson et arrive même à instaurer des effets nouveaux et inattendus. L’atmosphère est par là même étouffante et oppressante à souhait, ne laissant que peu de moments de relâche, par delà la structure narrative de l’ensemble, assez convenue mais qui, dans le cas spécifique de ce film, tourne volontairement à vide, en multipliant les fausses pistes et les faux dénouements.

Je n’avais pas eu peur (si c’est vraiment le mot, parlons plutôt d’angoisse) comme cela depuis bien longtemps… Vraiment, une bonne surprise, à conseiller aux amateurs ! Et pour les autres, peu portés sur le frisson, je conseillerai d’éviter…

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