Shrek le film

Il est vert, il est gros, il est crade, et il débarque cette semaine sur nos écrans. Shrek la nouvelle production Dreamworks ne fait pas dans la dentelle, et repousse encore plus loin après FourmiZ et de manière impressionnante les limites de l’imagerie virtuelle.

Shrek

Shrek (Mike Myers) est un ogre vivant seul dans une demeure retirée durant le moyen âge. Il n’a à se plaindre de rien, dans son petit coin de Paradis, jusqu’au jour où il sauve un âne parlant (Eddie Murphy) qui décide en remerciment de ne plus le lacher d’une semelle. Mais le pire c’est quand il voit débarquer chez lui toute une flopée d’individus aux pouvoirs magiques que le fourbe Lord Faquaard (John Lithgow) à chasser de son territoire. Bien décidé à retrouver sa tranquilité, Shrek part s’expliquer avec Faquaard en compagnie de l’âne. Après une présentation assez musclée, Faquaard propose à Shrek de lui ramener sa future épouse la princesse Fiona (Cameron Diaz) prisonnière d’un dragon…
Alors que le cinéma de divertissement hollywoodien live s’embourbe de plus en plus dans une succession de plans incohérents au montage incompréhensensible (Tomb Raider), on est content de voir que le cinéma d’animation ne suit pas cette voie déplorable mais au contraire propose une mise en scène originale et réfléchie. Car le point fort de Shrek, c’est sa réalisation incroyable où l’animation 3D permet les plans les plus impossibles et spectaculaires. Chaque scène à été pensée, storyboardée pour obtenir les effets désirés avec succès.

L’humour du film basé principalement sur la parodie ou le décalage avec l’univers de l’héroic fantasy, donnent l’occasion aux stars doublant les personnages de se lacher comme jamais. On sent tout de suite la raison du choix de chaque acteur. Mike Myers nous ressert une dose de Austin Powers avec quelque scènes bien senties (c’est le cas de le dire), Eddy Murphy débite son texte à la vitesse de l’éclair en retrouvant le niveau de ses one-man show (le langage ordurier en moins évidemment), Cameron Diaz prend visiblement plaisir à se parodier, quant à John Lithgow, la vision du making of s’imposera dès que possible afin de constater de visu son degré de cabotinage.

Au final, Shrek est un film dépourvu d’originalité mais qui assume pleinement son rôle de divertisssement en nous en mettant plein la vue (au moins 3 scènes d’anthologie) et les oreilles (bande son pop-rock du meilleur effet). Comme dirait un personnage du film, ”C’est l’éclate!”.

Le film Shrek

On l’oubli un peu trop, mais Dreamworks, quand il n’est pas le tremplin des propres films de papa Spielby (dont le Soldat Ryan est peut-être le plus beau), est une usine à ersatz. Et il est intéressant de (il faut) se pencher sur le cas de ce studio fondé par un trio de ‘’choc” afin, je cite, d’aider les artistes et de leur offrir les infrastructures idéales à l’épanouissement de leur liberté créatrice, fin de citation. Ca c’est pour la théorie. Dans les faits, cela donne tout à fait autre chose. Un faux chef d’oeuvre auto-proclamé qui a des airs de vraie production Bruckheimer (Gladiator), une miramaxerie estampillée ‘’politiquement incorrecte” à peine déguisée en film d’ôteur (American Beauty), une comédie gentillette qui a le goût, l’odeur et l’apparence d’un Woody Allen mais qui n’en est pas ou si peu (Small Time Crooks) ou encore Hantise, ça ce n’est pas un film, c’est une blague. Et la liste est longue. En vérité, il ne s’agit que d’un studio hollywoodien comme les autres, un jeunot qui veut se tailler sa part du lion (et quoi de plus normal, en définitive), mais qui se donne des airs.

Avec Shrek, on passe à la vitesse supérieur : travestir Disney en un truc vaguement distancié, référentiel et cynique, parfaitement tendance, qui prend justement pour cible la firme aux grandes oreilles et ses parcs attractifs, pour mieux nous resservir au final la même soupe et fonder un nouveau parc à thème(il faut se souvenir que Katzenberg était auparavant le patron de Disney). Et c’est comme cela que Shrek s’est retrouvé en compétition officielle à Cannes. C’est qu’ils sont très malins chez Dreamworks. Sont conviés dans ce grand détournement, Mike Myers, qui incarne l’ôgre couleur morve et reprend ici sa voix du mondialement célèbre Fat Bastards d’Austin Powers 2, Eddie Murphy, en âne aussi bavard que son personnage du Flic de Beverly Hills et Cameron Diaz en princesse à délivrer des griffes d’un dragon, qui retrouve son rôle de Drôle de Dame, front-kick et coup de pied hongkongais à l’appui. L’opportunisme et la malice de l’entreprise résident essentiellement dans le fait de convoquer tout le bestiaire des contes, fables et légendes pour s’en moquer gentillement : monsieur Perrault, les frères Grimm, et donc Disney, en prennent ainsi pour leur grade. Ajoutez quelques pets, crottes de nez, crottes d’oreille et autres références scatologiques plus quelques dialogues salaces et croustillants tout droit sorti d’un Farrelly et vous aurez une bonne idée de la chose.

Alors tout ça c’est bien gentil, c’est même parfois franchement marrant, mais à force de vouloir bouffer à tous les rateliers, Dreamworks laisse le cul du film entre deux chaises : ni le divertissement animé imaginé, ni l’objet déviant (entendez décalé et impertinent) annoncé, mais juste (encore) un autre ersatz. Or entre l’ersatz et l’original, nous on préfère l’original, comme Toy Story 1 et 2 ou encore Kuzco.