Sheitan (février 2006)

De Kim Chapiron. Quelques raisons de voir Sheitan : le fait d’aimer le collectif Kourtrajmé qui a déjà réalisé quelques courts et surtout des clips assez excellents dont le fameux Je n’arrive pas à danser de TTC ; la promotion du film qui s’est clairement articulée autour de l’idée récurrente chez tous les jeunes cinéastes « cool » du « vous allez voir quelque chose que vous n’avez jamais vu » ou encore du « on va tout faire péter » ; le désir de regarder une approche différente du cinéma, fondée sur un registre très clipesque et purement formel ; le goût pour une esthétique et un univers très rap… Quelques raisons de ne pas regarder : grossièrement, les mêmes que précédemment…

“Sheitan” pas vraiment d’intérêt cinématographique

Le contenu : oui, le contenu, comment dire, hum… Il doit bien en avoir un… Ah oui, voilà : de jeunes citadins cool rencontrent des campagnards forcément débiles et bourrus. Le choc des cultures, le grand match de la campagne et de la ville, de la France pure souche et de la France métissée… En gros, vous reprenez mes critiques d’Hostel et vous en changez les termes : par exemple remplacez « slovaques » par « campagnards »…

L’esthétique : ou comment le désir de rupture s’exprime à l’intérieur d’un genre parfaitement normé (le film d’épouvante on dira) et qui ne fonctionne pleinement qu’à travers son approche littérale (en gros, le respect de certains plans types). Néanmoins, quelques plans excellents et inventifs, il faut le reconnaître ! Pour le reste, Sheitan est un condensé de tout ce que Kourtrajmé a pu et continuera à faire.

Les acteurs : Vincent Cassel qui joue un grand malade, d’une manière totalement caricaturale et qui fait plus rire que peur… Pour les autres, parler, démarche et dégaine cool hip hop wesh wesh cousin t’as vu…

Le suspens : on sent bien un sentiment d’oppression et d’inquiétude mais force est de constater que le film n’avance qu’à travers le sexe et la question essentielle « Comment fais-je pouvoir me faire la petite ?… ». Pas d’autres préoccupations que le cul…

Une lecture féministe en conséquence : si les personnages sont à la fin maltraités, c’est bien parce qu’ils traitent les femmes comme de la marchandise (on serait tenter de leur donner raison…).

La révolution ? Et bien, justement ça ne révolutionne pas grand-chose… On sent bien les tentatives pour se jouer des tabous, pour montrer ce qui ne se montre pas mais tout cela a déjà tellement été vu…Bref, pas vraiment d’intérêt cinématographique.

Les conclusions :

  1. Ce qu’il y a de mieux dans le film, c’est la BO des premières minutes (TTC, La caution…).
  2. On ne s’ennuie pas même si ça n’avance pas et qu’on a, par moments, franchement pitié de quelques pauvres provocations…
  3. Amateur de sensations fortes, tournez-vous plutôt vers Calvaire de Fabrice Du Welz
  4. A 26 ans, j’ai déjà des réflexes de vieux, heureusement, je continue à écouter du hip hop…

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