Scoop (novembre 2006, actuellement en salle)

Cela faisait bien longtemps que j’avais perdu de vue ce vieil ami qui avait fini par me lasser ou me donner l’impression qu’il avait déjà offert tout ce qu’il y avait de meilleur en lui. Alors, l’idée de le retrouver m’inquiétait un peu… Autant le dire tout de suite, je l’ai retrouvé comme je l’avais laissé, rien n’avait changé… Ceci explique sans doute l’impression que le petit homme avait tendance à radoter, même s’il avait l’air pleinement conscience de radoter…

L’ennui et l’évasion bourgeoise par la recherche du Scoop

Scoop ou Meurtre mystérieux à Manhattan délocalisé à Londres (une délocalisation au passage absolument pas traitée) : remplacez Diane Keaton par Scarlett Johansson (qui fait donc du Diane Keaton matinée de Woody Allen), l’ennui et l’évasion bourgeoise dans la fiction par la recherche du scoop, la bourgeoisie new yorkaise par l’aristocratie anglaise, conservez l’idée du tueur de bonne famille et hors de tout soupçon à démasquer, puis obtenez une copie quasi conforme à l’initial, en mois bien évidemment. Moins drôle, moins bien filmé, beaucoup moins créatif. Woody y ajoute néanmoins un élément digne d’intérêt, le renversement des rôles et des fonctions : le magicien qui vit dans et par l’illusion, frileux à l’idée de plonger dans la sordide réalité va finir par prendre la place de la journaliste, l’investigatrice de cette même réalité qui cédera en retour au charme de l’illusion, refusant de voir dans le beau Hugh Jackman un possible tueur. L’illusion constitue d’ailleurs l’un des motifs central du film : illusion sur soi et sur l’autre, le monde comme théâtre et jeu de rôles (voire le tour de passe passe de la superbe Scarlett à la fin du film) etc. Un chemin assez banalisé qui trouve à s’exprimer dans cette fusion de la comédie policière et du polar.

Toujours les mêmes dans Scoop

Radoter, le film ne fait que ça, et le cinéma de Woody Allen ne fait souvent que cela, et c’est justement ce radotage qui en fait un auteur, qui détermine un style reconnaissable entre tous. Or, ici, Allen prend les traits d’un magicien qui ne fait que répéter les mêmes tours, les mêmes blagues et qui n’en finit pas de s’étonner que cela fonctionne encore. Mise en abîme de son propre parcours de cinéaste ? Sans doute d’autant plus que le public qui regarde ses tours est aussi un public jeune, renouvelé. De même, le film assume pleinement sa légèreté, s’y inscrit souvent au premier degré. Scoop apparaît également comme une synthèse de tous ce qu’a pu faire Woody Allen : toujours les mêmes bégaiements, toujours le même jeu qui se transmet d’ailleurs, de manière mimétique, à Scarlett Johansson (le thème de la paternité se dessine explicitement), toujours les mêmes schémas d’écriture. Bref, la redite est là mais le réalisateur/acteur semble s’en émerveiller, s’en contenter. L’irruption d’une mort brutale vient fortifier ce sentiment que Woody Allen est condamné à jouer le même rôle, d’assumer la même fonction jusqu’à sa mort.

Scoop est un film de Woody Allen comme il a pu tant en faire auparavant. Mais ici, je dois avouer que plus que jamais, j’ai vécu ce sentiment de redite (éternel reproche à faire ?) qui n’est sans doute pas pour rien dans le peu de rires et d’intérêts qu’a suscité ce film. Le problème, c’est qu’en se retournant un peu, on découvre rapidement que cet opus tient difficilement la comparaison avec les chefs d’œuvre du maître (et notamment Meurtre mystérieux qui témoignait d’une alchimie extraordinaire entre un style personnel et un ancrage cinématographique fort). Pour tout vous dire, je me suis même un peu ennuyé au point de r de la salle un peu gêné… Et oui, j’aurai tant voulu que les retrouvailles avec ce vieil ami soient belles et passionnées…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *