Rocky Balboa (janvier 2007)

L’histoire des Rocky est intimement liée à la vie même de son créateur et interprète, tout comme elle peut difficilement se penser en dehors des contextes cinématographiques dans lesquels elle s’inscrit. Ce sixième opus ne déroge en rien à la règle : le retour au devant de la scène de Rocky est aussi celui de Sylvester Stallone tandis que la volonté de revenir à l’origine du mythe (mythe d’autant plus intéressant qu’il est une création purement cinématographique) s’ancre parfaitement dans le goût hollywoodien actuel pour les prequel et autres retours aux origines (en vrac, L’exorciste, au commencement ; Batman Begins ; Superman Returns ou le prochain Massacre à la tronçonneuse, le commencement…).

Rocky Balboa s’est réinscrit dans le présent

Rocky Balboa, dés son titre, implique un retour aux sources et une tentative pour réactualiser le mythe, le réinscrire dans le présent. Le patronyme a remplacé le chiffre (l’unité, l’identité opposées au sériel) tandis que le générique de fin s’achève sur la superposition du premier Rocky avec le vieux Rocky par un fondu enchaîné et littéral qui abolit clairement le passage du temps et l’opposition du passé et du présent (c’est aussi le sens de son affiche). Le sujet du film est là : le rapport du mythe et du temps (la sensation évidente de nostalgie n’est que la marque émotive de cette problématique). Or, le mythe est ici indissociable de sa représentation, de son historicité à tel point que ce sixième volet semble constamment commenter sa propre démarche, sa propre intégration à la continuité qu’est la série. Tout l’enjeu se résume alors à faire perdurer cette image mythique, les valeurs qu’elles supposent (valeurs qui sont celles des deux premiers épisodes) dans un corps qui, lui, a vieilli… Dés lors, poser la question de la vraisemblance revient à passer complètement à côté du film qui, d’ailleurs, insiste lourdement sur cet improbable retour et qui cherche à désamorcer cette lecture trop littérale.

Rocky Balboa, retour aux Philadelphie

Le schéma narratif reste donc le même (on attend avec impatience la montée des marches sur la fameuse musique… : )) mais le combat final, la boxe ne sont au final qu’accessoires (et n’occupent d’ailleurs qu’un très petit tiers du film), ce qu’ils étaient déjà dans le premier volet de la saga. Ce qui compte, c’est le personnage seul, ce qu’il représente, ce qui le motive etc. Retour aux origines : retour à Philadelphie, retour dans des quartiers urbains déclassés, nouvelle inscription du personnage dans une population de petits travailleurs. Rocky est aujourd’hui veuf : tout le film s’assimile alors à un vaste travail de deuil mais le deuil passe ici par la résurrection d’un monde, d’une histoire bref d’un mythe qui n’est jusqu’ici présent que sous le forme de fantômes (des images mentales), de couvertures de magazines ou de récits oraux des exploits du grand boxeur. La première partie insiste (lourdement par moments) sur cet ancrage purement mémoriel du mythe dans une conscience populaire mais également dans la topographie du quartier de Philadelphie (nous retrouvons par exemple la petite boutique où Rocky rencontra Adrianne, mais également la boucherie où Rocky tapait violemment sur des quartiers de viandes). Ce que nous dit le film, c’est bien l’appartenance originelle de Rocky à un lieu (son quartier) et à une classe sociale (petits travailleurs ou paumés en tous genres).

La foule a reconnu son Champion Rocky

Réactiver le mythe, le réinscrire dans le présent : tel est le pari du film et de Rocky lui-même. Il faut donc un boxer opposé, dans ses valeurs mais surtout par son image, au champion. De cette confrontation naît la réactivation des valeurs attachées au parcours du héros (car Rocky est un héros à partir du moment où il cristallise des attentes et valeurs collectives) : dignité, don de soi, acceptation de la douleur (encaisser des coups comme symbole de la dureté de la vie) et de soi (d’où l’importance du respect que le personnage se doit à lui-même), honnêteté etc. Nous retrouvons ce qui rendait le personnage si attachant : sa maladresse, sa balourdise mais aussi son indécrottable grand cœur et son extraordinaire générosité. Ainsi, il prendra sous son aile une maman et son fils, réactivant alors l’aile protectrice qu’il avait offerte à Adrianne. Le combat final est dans la droite ligne des précédents : Rocky se fait cogner, cogner mais répond, reste debout… Mais reste une différence de taille : Rocky ne gagnera pas ce match (il le perd aux points) du moins d’un point de vue officiel car la foule, elle, a reconnu son champion et c’est lui qu’elle applaudit, ce sont son parcours, le symbole qu’il incarne qu’elle acclame… Il y a donc reconnaissance, par delà le corps meurtri et vieilli, de l’atemporalité d’un mythe et de l’image qu’il véhicule. Le seul but de Rocky était de gagner un nouveau combat pour revenir ensuite dans l’anonymat. Mais c’est son corps qui y retourne tandis que son image, elle, reste gravée à jamais dans une conscience et une mémoire collectives.

Rocky Balboa, un héros mythique

Ce Rocky n’évite pas certaines scènes caricaturales (le boxer noir amateur de hip hop, la jeunesse agressive, l’opposition parfois trop rigide entre l’actuel et le « c’était mieux avant ») mais là n’est pas l’essentiel. Je l’ai trouvé vraiment émouvant tant dans sa mise en forme que dans la philosophie (simpliste certes) qu’il véhicule (avancer malgré les coups, garder la tête haute malgré la douleur et la souffrance etc.). La qualité première de ce sixième volet, c’est sa sincérité qui transpire dans tous les plans et dans l’interprétation de Stallone. Fan des Rocky précédents (du moins les trois premiers, le quatrième reste amusant au troisième degré, le 5ème est une merde absolue), je n’ai pas été déçu par ce retour à l’origine qui marque pourtant le crépuscule du héros. Il n’y aura sans doute plus de Rocky (à moins de gâcher la valeur de celui-ci) et c’est là une bonne nouvelle puisque celui-ci, en superposant le passé et le présent, c’est-à-dire en marquant une fin dans le recommencement même, achève et fige de la plus belle des manières l’image d’un héros mythique…

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