Au revoir les enfants (1987)

De Louis Malle. Le film se situe en 1944, dans un collège catholique. Julien Quentin rencontre Jean Bonnet et découvre que celui-ci est juif, caché par les dirigeants du collège…Film autobiographique récompensé d’un Lion d’or à Venise, Au revoir les enfants est doté d’une intensité émotionnelle et d’une pudeur rares. Encore une fois, la petite histoire renvoie à la grande Histoire et ce microcosme (le film prend uniquement pour objet le collège) réussit à donner une vision ultra réaliste et plutôt complète de cette période noire. Le souci réaliste se marque d’abord par la précision du tableau général et dans la peinture du quotidien de l’Occupation : marché noir, couvre-feu, froid, faim, alertes, rationnement… Mais cette peinture est également soucieuse du détail, on lira ainsi sur les murs des bains publics, grâce à une mise au point nette la phrase “Interdit aux juifs”. De la même manière, l’univers de l’enfance ou plutôt de l’adolescence doit être lu comme le miroir de l’univers adulte. Ainsi, l’histoire hors champ est présente grâce aux lettres des parents, grâce aux conversations des enfants porteuses des débats et réflexes langagiers de l’époque.

“Au revoir les enfants” est émouvant, fort

Les thématiques du film sont assez nombreuses: la désagrégation des liens familiaux, la solitude juive et sa clandestinité, les questions de responsabilité individuelle et d’engagement. Sans doute beaucoup moins ouvertement polémique que Lucien Lacombe (un personnage semble pourtant être une variation de Lucien, c’est un employé renvoyé de l’école et qui, par opportunisme -et vengeance?-choisit de dénoncer le prêtre résistant et les juifs cachés…), le film n’élude néanmoins pas la responsabilité française: scène extraordinaire dans un restaurant où la milice se révèle bien plus antisémite que les SS eux-mêmes… Autre scène forte: quand les nazis viennent chercher les juifs dans le collège. Là encore, Louis Malle respecte la forme qu’il s’est fixée: tout s’effectue dans le calme, pas de cris, juste une intensité dramatique qui arrive à se passer de tous les effets mélodramatiques habituels. La voix off qui clôt le film et s’articule à la dernière parole du prêtre (Au revoir les enfants, le titre -tragique- joue sur ces différents “Au revoir”, ceux des mères, des enfants etc) vient annoncer la mort des 3 juifs à Auschwitz et du prêtre au camp de Mathausen… En un simple film, par une esthétique proche du constat (réaliste donc si ce mot peut avoir une signification), Louis Malle parvient à montrer le drame d’une époque, à en décliner les différents aspects. Rares sont les films capables d’allier une telle pudeur à un tel sens de la forme et de la narration. Au revoir les enfants est émouvant, fort, à l’interprétation formidable (les deux enfants principaux sont extraordinaires de vérité) et qui montre parfaitement que le cinéma est sans doute une manière privilégié pour nous donner à voir, à comprendre et à sentir ce que fut l’Occupation.

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