captain marvel

PTU (Police Tactical Unit) (2005)

Confirmation que Johnnie To est un réalisateur passionnant! Le prétexte de l’histoire est la perte d’un pistolet (qui rappelle le film de Kurosawa Chien enragé) par un sergent (Saï). Un officier de la PTU s’engage à l’aider à retrouver l’arme. Film choral qui met en scène une unité spéciale de la police hong kongaise, PTU nous entraîne dans une virée nocturne (l’action se déroule au cours d’une seule nuit) à travers un Hong Kong vide et fascinant.

Des solidarités humaines

L’histoire ici importe peu : To privilégie l’étude des interactions humaines à travers la question des hasards et des coïncidences, le film se construit sur le principe de la déambulation (poétique!) comme figure esthétique et sémantique. Ainsi, nous voyons différents groupes de personnages se croiser, parcourir des espaces communs sans jamais unifier parfaitement leur quète. La question que pose le film est d’abord celle des solidarités humaines : la scène d’ouverture met en scène un dialogue à l’intérieur d’un camion de la PTU, pour l’officier, chacun porte le même uniforme, est donc uni aux autres par une appartenance de groupe (vous verrez au cours du film la postérité de la phrase qui se retourne d’ailleurs contre lui); par opposition l’un des agents répond “ce qui compte, c’est de sauver sa peau”, autrement dit, le principe de survie, individuel prime sur le groupe. Le film explore donc cette question du rapport entre groupe et individu tout en questionnant la solitude des composantes de l’unité: sont-ils réellement liés? Ont-ils besoin les uns des autres? De même, ce principe de solidarité excède l’appartenance à la police: le sergent est aidé, doit prendre appui sur le crime organisé (quitte à le trahir) alors même qu’il cache à sa hiérarchie la perte de son arme.

La temporalité dans PTU

Autre point de réflexion qui prolonge la question de la solidarité : celle de la temporalité ou plutôt des temporalités. Le film privilégie les temps de latence, le morcellement des points de vue et donc de la narration. Autrement dit, il existe des durées différentes selon les groupes et les individus, durées qui ne s’harmoniseront qu’à travers le hasard d’une fusillade et d’un récit final commun où chaque narrateur apporte son morceau du récit… Le réalisme est ici à chercher du côté du temps : on se croise sans se voir, le même espace est parcouru mais à des moments différents, l’attente des uns est la souffrance des autres (une des premières scènes, dans la salle de jeu vidéo parvient à mettre en scène trois temporalités rivales) et surtout le temps n’est pas celui de l’esthétique cinématographique occidentale, fondée sur le principe de la causalité mais relève du principe de déambulation, chaque séquence n’étant que très lointainement reliée à la précédente, la narration avançant par accumulation plus que par progression.

Bon dosage entre attente et action

J’ai vraiment été emballé par ce film, par sa capacité à introduire des problématiques très asiatiques (temporalité, question des systèmes de valeurs) dans un polar urbain qui n’est finalement qu’un prétexte pour penser le hasard et la nécessité. De même, To arrive à créer une ambiance extraordinaire à travers la construction de plan superbement structuré (par un jeu des focales) autour de lignes de fuite et de figures géométriques. Le travail sur les éclairages, la musique (guitare) participent également à cette atmosphère d’ombres et de lumières. Vraiment, PTU est à voir! Equilibre rare entre le cinéma commercial et d’avant garde, savant dosage entre attente et action (notons également la capacité de To à créer de la suspension, du ralenti là où l’action s’accélère), voilà un film riche et complexe!

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