OSS 117 (avril 2006, sorti récemment en DVD)

De Michel Hazanavicius. Attiré par une critique globalement élogieuse, je me suis laissé tenter par cet OSS 117, adaptation parodique des romans de Jean Bruce et je dois dire que je n’ai pas été déçu, la phrase me venant à l’esprit étant alors « Que c’est con ! » avec son corollaire inévitable, emprunt d’une certaine sagesse populaire : « Plus c’est con, plus c’est bon ! », véritable définition programmatique de tout bon exercice de pastiche.

OSS 117, film littéral et histoire d’espionnage

Inutile de vous préciser l’intrigue, elle renvoie de manière très littérale à une banale histoire d’espionnage. Cette littéralité est un choix, le projet du film est en effet de s’inscrire pleinement dans les codes des séries b et du film d’espionnage pour en démonter les ressorts ou du moins les traiter sur un mode bouffon : comme souvent, ce traitement dessine en creux un hommage aux objets pastichés… Tout ici convoque une esthétique rétro : palette de couleurs très riche, musique surannée, plans citationnels comme ces voitures immobiles derrière lesquelles défilent un paysage, multiple clin d’œil faits au spectateur. La réussite réside précisément dans ce subtil équilibre entre amour au premier degré pour les genres convoqués (je pense aussi à quelques références faites aux films noirs) et distanciation comique voire critique.

Le film est évidemment porté par Jean Dujardin qui joue ou plutôt surjoue à merveille cet anti-James Bond (en cela, il est aussi figure détournée du héros kitsch de Jean Bruce). Car ce héros a finalement tout du anti-héros, incapable d’avoir la moindre initiative, bête à manger du foin, d’une passivité totale… Il ne fait qu’être porté par les événements, n’est guidé non pas par sa volonté ou son hypothétique intelligence mais par les autres personnages et plus particulièrement par la charmante Bérénice Béjo. En lui se cumulent toutes les tares de la France de René Coti, de cette quatrième République qui n’en finit pas d’expirer : macho voire misogyne, homophobe, raciste, pas tant par idéologie que par reproduction des a priori (et donc de la bêtise) de l’époque, condescendant vis-à-vis des peuples arabes et par là même persuadé de la supériorité en toutes choses de la civilisation occidentale. On pourrait détester ce personnage mais sa franchise, sa bonne foi le dédouanent constamment. Mais encore une fois, sa bêtise et son ignorance de la culture égyptienne le rendent extraordinairement comique et quelques scènes resteront sans doute d’anthologie : je pense notamment à la scène où il échange un narguilé de kiff avec un politique local, la drogue libérant alors tous les a priori grotesques du personnage sur l’Egypte, je pense aussi à ce moment surréaliste où il s’en va frapper un muslim chargé de la prière…

Esthétique réussie, réalisation élégante

L’esthétique est une réussite jouant pleinement sur les clichés d’une Egypte de carton patte, très « tintinesque » en quelque sorte. La réalisation est élégante, ne se prive pas de mettre à nu certains codes désuets de la série B mais surtout épouse pleinement le projet du film, variant l’approche de scènes qui convoquent tout aussi bien le film d’action, la comédie sociale que le film d’espionnage. Tout est accentué mais cette accentuation fait toute la saveur d’OSS 117. Enfin, j’ai adoré le type d’humour mis en œuvre fait de bides volontaires, de gags souvent premier degré et de références détournées. Je pense en particulier au groupe de nazis absolument hilarants avec ce vœu surréaliste émis par leur chef : « c’est toujours nous les méchants, après tout ce temps, on a bien droit à une seconde chance »…

Bref, vraiment, une très bonne surprise, on suit l’histoire avec plaisir, surtout si l’on a ce goût un peu nostalgique pour des univers cinématographiques désuets mais qui gardent leur charme grâce à un traitement comique. De même, derrière la comédie, on peut lire certains échos à notre histoire moderne puisque après tout, nous sommes tous plus ou moins issus de cette France dépeinte ici par le truchement d’OSS 117. Une réussite où l’humour ne cède en rien à la qualité esthétique et cinématographique de l’ensemble.

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