La nuit des morts vivants (1968)

De George Romero. Premier opus de la série des Zombies, La Nuit des morts vivants fut tournée avec un budget minimal, dans un souci de rentabilisation évident (d’où le recours à un film de genre) mais qui ne suffit pourtant pas à gommer son contenu politique fort. On y verra ainsi une critique du racisme (à travers le personnage de Cooper mais aussi à travers la scène finale où le seul rescapé, noir, est tué d’un coup de fusil par un as de la gâchette, prompt à dégommer tout ce qui n’est pas blanc…) mais également une mise en garde contre le péril nucléaire (thème très en vogue à l’époque) puisque les morts se réveillent à cause de radiations atomiques… De même, ces Zombies, si peu maquillés, si proches de nous, sont aussi la métaphore de la peur du semblable et de l’ennemi intérieur (n’oublions pas que nous sommes encore en pleine guerre froide…). Le genre créé ou du moins renouvelé de toutes pièces par Romero a toujours été et reste encore porteur de niveaux de lecture (allégoriques, politiques et sociales) multiples, ce qui explique sans doute le sucés et l’intérêt constants qu’il suscite.

La nuit des morts vivants, un véritable cinéma de l’image

D’un point de vue esthétique, j’ai été surpris de voir à quel point le film héritait du cinéma muet et expressionniste. On a souvent rapproché son esthétique d’une forme de réalisme et de naturalisme, pourtant, dés la première scène (celle de la poursuite), tout l’héritage cinématographique est en place : la démarche du zombie rappelle celle de Nosferatu tandis que l’arrivée dans la maison joue sur des références faites à l’expressionnisme… La musique rappelle les orchestrations qui ponctuaient les films expressionnistes tout comme le travail sur le son (Barbara est quasi muette) semble un retour à un véritable cinéma de l’image. De même, de multiples effets de lumières, d’ombres, de constructions du cadre selon les éclairage rappellent la démarche expressionniste. Cet “inter-texte” est constant durant tout le film et permet alors de compenser le manque de moyens.

La nuit des morts vivants, tous les personnages finissent morts

Le film prend également le parti d’un huis clos, à travers l’enfermement dans un lieu unique qui devient forteresse assiégée par les morts-vivants (on n’est pas loin des cow boys et des indiens!). Romero arrive justement à décrire les afffres et les conflits de la vie d’un groupe menacé et qui recherche avant tout à survivre. La tension est tout aussi bien celle qui anime le groupe que celle provoquée par la présence d’un danger extérieur. Le danger devient donc le révélateur de tout ce qui est susceptible de détruire le lien social…

Le film est également d’une noirceur inégalée: tous les personnages finissent morts et l’ironie tragique veut que la solution de repli dans la cave (solution qui fait débat et qui est abandonnée) était peut-être la solution pour survivre… De même, le film joue pleinement avec les tabous de l’époque notamment en se centrant sur la question du cannibalisme mais aussi en atomisant la cellule familiale puisque les familles s’entre-tuent sous l’effet de la transformation… Déjà inscrite au panthéon des œuvres marquantes du septième art, La nuit des morts-vivants reste encore aujourd’hui efficace et plaisante à voir… Ses suites en développeront les virtualités, virtualités souvent liées au poids du contexte historique et des préoccupations du moment…

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