Ne le dis à personne (novembre 2006)

Guillaume Canet m’est sympathique, je dois l’avouer. Un peu comme un délit de bonne gueule en somme. J’avais vu sa précédente réalisation, Mon Idole, récit déjanté et attachant, un peu bancal mais où l’on sentait déjà cette volonté de « faire du cinéma ». Ici, le jeune réalisateur s’attaque à l’adaptation d’un thriller, genre hyper codé mais éminemment cinématographique : Ne le dis à personne ou l’histoire d’Alex qui, huit ans après l’assassinat de sa femme, découvre, via un e mail, qu’elle serait peut être encore vivante…

“Ne le dis à personne”, une personne isolée dans la connaissance de la vérité

La trame narrative est solide et intrigante : Ne le dis à personne, comme son nom l’indique, s’articule autour du secret, l’idée la plus intéressante étant de définir Alex comme un personnage isolé dans la connaissance de la vérité. En effet, chacun autour de lui semble en connaître une partie, parties qui mises bout à bout, délivreront la clé du mystère. Comme dans tout bon thriller, le réalisateur choisit de placer Alex au niveau du spectateur pour faire marcher à fond la machine à identification : nous le suivons donc dans ses pérégrinations et reconstruisons la vérité à son rythme. Si l’histoire à trou et la logique de l’enquête remplissent bien leur rôle, jouant sur le désir du spectateur d’en savoir toujours plus, l’agencement du récit me semble plus problématique. Les scènes peinent à s’enchaîner avec cohérence, relèvent plus souvent de la juxtaposition un peu aléatoire que de l’articulation formelle ou logique. L’inscription des flash back, s’ils développent l’histoire d’amour, n’est pas toujours faite à bon escient et cassent la machine qui doit pourtant se construire sur une rythmique impeccable (voir la géniale saga Jason Bourne). Les idées de mise en scène sont là mais ne constituent pourtant pas un style : plus un catalogue d’effets, empruntés ici ou là, qu’une structure esthétique cohérente.

“Ne le dis à personne”: riche en seconds rôles et en stars

Heureusement et comme dans beaucoup de films français, le casting s’emploie à gommer les défauts. La distribution est d’ailleurs riche en seconds rôles et en stars : Kristin Scott Thomas, Nathalie Baye, François Berléand, André Dussolier et le revenant Cluzet, plus à l’aise en héros attristé qu’en docteur… On notera aussi la volonté d’inscrire le drame dans une modernité : couple lesbien, femme forte à la Eva Joly, rôle moteur d’Internet, banlieux chaudes (on regrettera peut être la rigidité des portraits de flics, soit très bon, soit très mauvais)… Notons aussi que Canet aime la bonne musique et ça s’entend. En plus de choisir M à la bande originale, il sait susciter des séquences musicales plutôt bien foutues, à moins que ce ne soit la musique (dont le magnifique Lilac Wine de Jeff Buckley) qui en garantisse la réussite (soit l’éternelle question)… Au final, on ne s’ennuie pas vraiment même si la structure, répétitive et parfois stagnante, le défaut de construction (révélation par un long discours) peuvent rebuter. Mais j’aime bien Canet, alors voilà, son film m’est lui aussi sympathique…

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