La mort en ligne (septembre 2005)

de Takashi Miike. Imaginez : votre portable sonne, un numéro s’affiche, le votre, vous décrochez, là, vous entendez votre propre voix puis un cri… Vous venez d’entendre le moment de votre propre mort… Voilà grossièrement résumée l’intrigue de cette Mort en ligne, nouvelle déclinaison réussie du film fantastique japonais qui digère et synthétise à merveilles les motifs développés par ses illustres prédécesseurs.

Le portable véhicule la mort: La mort en ligne

Comme souvent, le cinéma japonais s’engendre à partir de son propre corpus filmique. Le film de genre se constitue ici par la reprise de règles génériques à réemployer. Comme tout bon film fantastique, La mort en ligne va nicher le mystère dans l’objet le plus quotidien, le plus ordinaire qui soit : le téléphone portable qui occupe aujourd’hui une place prépondérante dans tous les types de communications sociales. En cela, le film de Miike reprend le principe de l’irruption du fantastique mais également de la transmission de la malédiction à travers et au cœur même de la technologie. Viennent à l’esprit le Ring de Nakata et le Kaïro de Kurosawa. La technologie semble ici s’autonomiser en devenant le réceptacle d’un esprit impossible à localiser. Le portable véhicule la mort au même titre qu’il la réintroduit dans la sphère sociale. Le personnage menacé doit donc mener l’enquête : le schéma est quasi immuable, si le fantôme reste en ce bas monde, c’est qu’il a quelque chose à révéler, une dette à expier ou une vérité à rétablir.

Mystère, traumatismes

A l’instar de Dark Water, la clé de l’histoire est à chercher du côté de la cellule familiale et de ses traumatismes. La psychanalyse familiale devient à la fin du film une clé d’interprétation possible même si le sens ne peut s’y réduire complètement tant le film fantastique est aussi et surtout un discours sur la société nippone. Ainsi, le discours qui se met en place est aussi un discours critique vis-à-vis de la police, incapable de considérer ce qui excède la rationalité et de la sphère médiatique toujours prête à récupérer et exploiter le malheur de l’individu. Cette critique est d’ailleurs ce qui constitue la plus grande originalité du film : on y voit comment est mise en récit une réalité, par quels procédés elle devient un spectacle apte à susciter de l’audience. De même, il est possible de relever dans le film des indices qui semblent mettre en abîme sa propre démarche esthétique : le mystère est-il une création humaine ou véritablement l’expression d’une réalité transcendante ? La richesse métaphorique du film autorise des lectures multiples qui renvoient tout autant à l’existence individuelle (chacun a ses propres fantômes, c’est-à-dire ses propres problèmes à affronter) que collective (le portable est un cache misère pour une modernité qui atomise les relations sociales et qui transforme chaque être en monade solitaire).

La mort en ligne, Maîtrise des éléments filmiques

J’avais vu La mort en ligne au cinéma et j’avais franchement eu la chair de poule. En le revoyant, je dois dire qu’il conserve encore toute sa puissance. Bien évidemment, une vision efficace passe par un dispositif efficace : enfermez-vous, dans le noir bien sûr, coupez le téléphone (on ne sait jamais !) et plongez-vous dans le film. La notion d’immersion est primordiale et détermine le goût que l’on peut avoir pour le film de fantôme (pour ma part, j’adore !!!). La mise en scène est d’une efficacité rare et connaît toutes les ficelles du genre : modification de la mise au point pour révéler brutalement l’arrière plan menaçant (ici, souvent une simple main), alternance des échelles de plan (par exemple, passer d’un gros plan à un plan d’ensemble qui traduit immédiatement un danger imminent dont on ne peut localiser l’origine), alternance de la fixité et du mouvement etc. De même, on retrouve ce qui fait la spécificité du fantôme asiatique : désarticulation radicale du corps, invisibilité ou brouillage du visage (qui ne se révèle qu’à la fin), goût pour une chevelure menaçante… Je vous renvoie ici au génial Deux sœurs, film coréen que j’avais trouvé en tous points remarquables. Miike sait construire une ambiance comme personne grâce à sa maîtrise de l’ensemble des éléments filmiques : je pense ainsi à l’usage des couleurs mais aussi à celui du son et notamment d’une petite mélodie (celle du portable) récurrente qui annonce un désastre inévitable et qui fait donc au fur et à mesure de son écoute de plus en plus froid dans le dos…

Bref, amateur de frissons, allez-y sans hésiter ! Pour les autres et notamment pour les phobiques des corps ressuscités (n’est-ce pas Po…), abstenez-vous à moins d’être traumatisé à vie ! Quoi qu’il en soit, La mort en ligne apporte aux parents une méthode efficace pour éviter que leurs bambins n’explosent leur forfait…

Ah, zut, je dois vous quitter, mon téléphone sonne !

Allo ?!

Aaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !

Bip……………………….. Bip……………………. Bip………………

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *