Miami Vice (août 2006)

Michael Mann occupe aujourd’hui une place originale et unique dans la production américaine. C’est l’un des rares réalisateurs de standing à pouvoir imposer sa marque et son style sur des superproductions hollywoodiennes, habituellement formatées et sans réel parti pris esthétique. Avec Miami Vice, Mann va poursuivre l’exploration des thématiques inaugurées avec Heat (à savoir, une plongée dans l’univers des gansters et corrélativement des flics qui les combattent, une réflexion sur le tout complexe que compose leurs relations) et de l’esthétique mise en place dans Collateral (utilisation de la DV). Le terrain est connu : nous sommes là au coeur d’un thriller (donc d’un genre grand public avec ses propres éléments récurrents) où nos deux flics de Miami (Jamie Fox, assez peu utilisé mais qui semble définitivement incarner l’acteur mannien par excellence, et Collin Farrell, plus monolithique que jamais!..) vont s’infiltrer dans un réseau de drogue afin de le démanteler. Comme tout bon film (malgré quelques facilités scénaristiques), les niveaux de lectures sont multiples et s’imbriquent relativement bien.

Miami Vice, les deux flics s’infiltre dans un réseau de drogue

Premier niveau : la description de l’économie de la drogue. On sent ici tout le travail de documentation qu’a pu fournir Mann. Le déroulement des opérations, des transactions est hyper précis et parfaitement décrit. Mais le point le plus intéressant réside selon moi dans la peinture d’une activité mondialisée (on voyage beaucoup dans ce film, surtout en Amérique latine, et en Suisse, forcément!) impliquant des acteurs multiples et donc des échelles de complicité multiples. La collusion par exemple entre le politique et le criminel est constamment sous-entendu par le rappel récurrent d’une taupe à l’intérieur des services gouvernementaux. De même, Gong Li (superbe!) se présente comme une “femme d’affaire”, autrement dit, la drogue est une marchandise qui se négocie comme une autre, selon les mêmes procédures et les mêmes rapports de force (son personnage serait peut être à rapprocher du Lord of War qui partage avec ce film quelques points communs). Cet arrière plan mondialisé constitue le cadre d’un thriller qui montre en creux l’aspect tentaculaire de l’économie de la drogue.

L’identité au cœur de l’univers criminel

Deuxième niveau: le genre. Ce qui m’a semblé important dans ce film, c’est la question de l’identité au cœur de l’univers criminel. Mann radicalise et problématise parfaitement la question que pose l’infiltration en milieu hostile. Tout le problème y est fondamentalement de savoir qui est qui. Tout se résume à un jeu de rôles et de dupes qui ne fonctionne qu’à partir du moment où l’on n’implique pas son identité intime. C’est pourquoi selon moi les histoires amoureuses (expression d’une intimité partagée) marquent soit la faiblesse du personnage (c’est le cas pour Jamie Foxx) soit sa mise en danger (Colin Farrell, Gong Li). Cet univers (tout comme le principe d’infiltration) ne peut marcher qu’à partir du moment où l’on s’en tient à sa fonction, à son rôle. Ce qui ouvre selon moi un troisième niveau de lecture qui se situerait au niveau des personnages mêmes.

La distribution des personnages se fait par couples avec comme pivot le duo de flics. Le premier est constitué de Jamie Fox et de sa petite amie qui travaille dans le même service. Leur entente est parfaite et fondée sur une intimité totale et sur une intégration à un ensemble commun (les flics). La connaissance y est totale: “je ne joue pas” dira la belle à Jamie Foxx… Par opposition, le couple de Gong Li/Colin Farrell naît sous fond de mascarade : le désir charnel comble cet absence de connaissance intime mais s’aimer dans une situation d’infiltration, c’est déjà se mettre en danger (ce qui se confirme sur la fin). L’histoire est donc celle d’un amour impossible, rendu impossible par la non appartenance au même groupe. Les deux personnage s’aiment sans se connaître (“Qui es-tu?” demande Gong Li à la fin) mais leur mensonge n’empêche pas leur Passion… Impossible, vraiment impossible. Finalement, c’est le couple de policier qui se connaît le mieux, qui est le plus fusionnel. J’en veux pour preuve la manière dont Mann les unit dans le cadre mais aussi le fait que leur relation passe très peu par la parole, parole qui a justement dans le film pour but de tromper ou de dissimuler. On ne sétonne dés lors pas qu’à la fin Sonnie quitte la belle pour rejoindre son coéquipier… De nouveau se pose la question de l’identité et de sa reconnaissance par l’autre, qu’il soit ami, amant ou ennemi.

Miami Vice, un très bon film blockbuster

Enfin, Miami Vice est à replacer dans la filmographie de Mann. De nouveau, l’usage de la DV comme je le disais au début. Cette caméra qui permet de multiplier les détails, de faire apparaître ce qui n’apparaît pas sur une pellicule normale est parfaitement adapté à l’univers nocturne de Mann et à son projet de filmer autrement l’inscription de l’individu dans la ville (je vous renvoie à mon bilet sur Collateral). Je crois que Mann est à l’heure actuelle le meilleur peintre de la ville américaine, saisie dans toute sa complexité architecturale et géométrique, l’individu n’étant en ce sens qu’un point de référence donnant sens au décor. De même, la DV permet de rester au plus près des personnages, de capter les mouvements impalpables à l’ordinaire, de s’approcher le plus possible du grain de peau de chacun, de traduire toute la sensualité qu’ils dégagent… On retrouve également certaines scènes et éléments chers au réalisateur : boîtes de nuit, ponts, mélancolie diffuse etc… Il est donc incontestable qu’une unité (tant sur le plan formel que sur le plan du contenu) se dégage de l’oeuvre de Mann.

Bref, encore une fois, Michael Mann réalise un très bon film, qui plus est dans le cadre contraignant du blockbuster. Un blockbuster d’auteur en quelque sorte!

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