La mémoire dans la peau (septembre 2002)

De Doug Liman. Comme quoi, le film du dimanche peut encore se révéler de grande qualité… Hier donc, sur TF1, en général première sur la daube, j’ai pu regarder avec un extrême plaisir un excellent thriller, La mémoire dans la peau, exemple parfait de ce que le cinéma US sait faire de mieux. L’histoire tient en quelques mots, un corps inanimé est repêché sur l’adriatique (oui, XIII n’est pas loin). Portant deux traces de balles dans le dos, il se réveille mais ne se souvient de rien et surtout pas de son identité… (Avis aux esprits chagrins, il ne s’agit bien évidemment pas d’un film sur l’identité nationale qui pose tant de problème en ces temps de campagne présidentielle ; )). Commence dés lors une enquête pour retrouver cette identité et pour dénouer les raisons pour laquelle Jason Bourne (car c’est son nom) est poursuivi jusqu’à la mort…

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L’amnésie place d’emblée le spectateur du côté du héros puisque nous n’en savons pas plus que lui et le film joue pleinement sur cette assimilation du savoir du personnage au savoir du spectateur : nous découvrons la vérité au fur et à mesure que lui la découvre, l’identification marche donc aussi bien que le suspens mis en place. Il y a en effet un rythme de l’urgence qui confère toute sa tension à ce premier volet des aventures de Jason. Le héros est poursuivi mais nous ne savons pas pourquoi et dans quel but. La course poursuite va alors finir par s’inverser puisque Jason va à son tour poursuivre les poursuivants pour tirer au clair cette histoire. J’ai personnellement été happé par le mouvement perpétuel qui fait que s’arrêter, c’est mourir. Autrement dit, le film ne peut qu’être fuite en avant alors même que son contenu et son enjeu consistent à regarder en arrière…

Illustration de l’opposition de mémoires

La question de l’identité est bien évidemment centrale. Et la retrouver, c’est retrouver ce qui la définit : d’abord un nom, garantie de l’unicité de l’être, puis un corps, des aptitudes mais ce qui importe le plus, l’identité, c’est une histoire qui donne sens à l’être et à sa valeur (Ricoeur parle d’ « identité narrative », programme parfait pour comprendre le fonctionnement du film). La mémoire dans la peau pourrait d’ailleurs s’apparenter à une jolie illustration de l’opposition entre mémoire corporelle et involontaire (se rappeler des techniques de combat) et mémoire volontaire et psychologique (le « qui suis-je ? » se rapporte d’ailleurs ici au « que suis-je capable de faire ? »), entre mémoire consciente et mémoire inconsciente. On peut avoir un nom mais sans l’histoire de ce nom, à quoi bon continuer ? Dés lors, le film montre assez bien que l’amnésie est une tabula rasa et l’identité recherchée n’est déjà plus puisque celui qu’on recherche, c’est l’autre qu’on a été et que l’on ne sera sans doute jamais plus : être à soi même un étranger, telle est, in fine, la thématique que déroule La mémoire dans le peau. De même, au fur et à mesure que cette identité se découvre, le personnage évolue (le mouvement n’est donc pas seulement géographique mais également interne au personnage) et s’y rattache d’autant moins. C’est le sens sans doute de la partie amoureuse puisque ici l’amour est littéralement aveugle et s’attache à un être en pleine recomposition. L’amour le constitue donc pour une bonne part (rupture de la solitude de l’agent comme thème central de la relation) puisqu’il suscite sentiment, émotion et empathie (autant moral que physique).

Excellent travail de film maker, filmant avec originalité les scènes d’action et de combat, alternant parfaitement le sentiment d’espace puis d’isolement, La mémoire dans la peau est un divertissement de premier ordre. Quand on pense que le second (La mort dans la peau) est censé être bien meilleur… To be continued…

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