La maison de Nina (2005)

De Richard Dembo. La maison de Nina nous raconte, à travers l’exemple d’une maison pour enfants (créée à la Libération), le difficile retour à la vie des enfants déportés, survivants des camps d’extermination et de concentration.

Les enfants juifs et les rescapés dans “La maison de Nina”

La démarche du film, ses intentions sont bien évidemment louables et impossibles à critiquer. Choisir l’avenir et non le passé, s’attarder sur l’après plutôt que sur le moment de l’anéantissement bref choisir la survie, ses espoirs plutôt que l’extermination sont autant de raisons de se pencher sur ce film. L’intérêt est justement de se pencher sur l’après du traumatisme, sur la manière dont il peut être surmonté (ou pas, ce que le film ne montre que partiellement…). Ainsi, les personnages se divisent en deux catégories : d’un côté, les enfants juifs qui n’ont pas connu les camps, de l’autre, les rescapés, porteurs de l’horreur et qui se heurtent de plein fouet aux règles sociales et morales traditionnelles. Nina aura donc pour rôle de les réinitier au monde « normal » et civilisé… La première scène de repas est en cela emblématique : les rescapés se jettent à table, se ruent sur la nourriture sous les yeux ébahis des autres enfants : le camp est passé par là et a gommé tout le vernis de la civilisation et des bonnes manières, les rescapés n’ont plus conscience de l’attitude à avoir, des normes à respecter pour vivre en société…

Le traumatisme s’exprime donc selon diverses voies : un personnage muet, à l’écart, au regard halluciné porte en lui le camp et sa présence silencieuse exprime tout le poids du drame ; un autre enfant crise sans aucune raison apparente ; un ancien kapo (Gustav) se met à éructer des insultes et à parler brusquement le langage du camp…Cet aspect du film (incarner la persistance du trauma) est à peu près réussi… Malheureusement, les thématiques centrales et si importantes de la réadaptation ne sont qu’effleurées et restent assez superficielles… En effet, ce que le camp a détruit, c’est un ensemble d’usages du quotidien, un ensemble de comportements, de valeurs, c’est aussi le corps et pas seulement l’esprit, et c’est là que le film pêche selon moi : le souci du détail n’existe pas dans ce film, tout comme l’intérêt pour les gestes les plus anodins et pourtant les plus importants et révélateurs. Il aurait fallu exprimer avec plus de force la tension entre l’ici et le là-bas, entre ces deux mondes qui s’excluent mutuellement.

Orientation trop ouvertement religieuse

Autre aspect qui m’a (et ce n’est sans doute là qu’une lubie personnelle…) dérangé : le fait que le seul espoir et la seule reconstruction de l’identité passent par la religion juive. En ne faisant qu’effleurer le débat entre assimilation ou revendication de la particularité juive (un thème d’actualité), Richard Dembo privilégie la seconde aux détriments de la première si bien que la religion devient rapidement le seul mode de reconstruction des enfants rescapés : un personnage veut savoir pourquoi ces survivants continuent à prier Dieu (question pertinente certes) mais par opposition aucun survivant ne semble remettre en question son existence (alors même que la mort de Dieu dans le camp est une thématique récurrente, je pense par exemple à La nuit de Wiesel). Bref, l’orientation trop ouvertement religieuse appauvrit selon moi la portée globale du film…

Néanmoins, La maison de Nina reste intéressant à bien des égards et il est évidemment impossible de garder une réelle distance critique face à cette histoire. Le fait même de traiter un sujet aussi délicat et important ne peut d’ailleurs qu’être salué…

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