Lord of War (2006)

Lord of War, d’Andrew Niccol scénariste du très bon Truman Show. Centré autour du personnage de Nicolas Cage (impeccable d’ailleurs), le film nous conte la réussite d’un marchand d’armes américain d’origine  ukrainienne.

Une leçon de géopolitique dans Lord of war

Film d’une froide objectivité, problématisé lors des scènes où Nicolas affronte un flic à l’éthique irréprochable joué par Ethan Hawke, le réalisateur nous donne une leçon de géopolitique embrassant les différentes zones de conflits mondiaux (les Balkans et surtout l’Afrique) et nous présente également une réflexion sur les formes négatives de la mondialisation: le commerce d’armes transcende les frontières, n’a pas de réelle attache idéologique mais se fonde avant tout sur une économie internationale. Le film travaille d’ailleurs à faire de la vente d’arme une économie comme une autre ou quand vendre des armes est mis sur le même plan que la vente de cigarettes par exemple… En ce sens le générique annonce l’ensemble du film : on produit anonymement des armes qui se transmettent de main en main, deviennent objets de commerce avant de finir dans la tête d’un jeune africain… La force du film est d’épouser le point de vue du marchand (Nicolas Cage est de tous les plans): on se concentre sur lui et ce qui est hors champ, latéral est justement ce qui questionne notre héros: un frère qui se drogue, incarnation de la mauvaise conscience du personnage, victime en quelque sorte expiatoire des péchés de son frère trafiquant; la famille de Cage, batie sur le mensonge d’abord consenti et qui s’effondre quand la vérité s’impose dans toute sa cruauté (ou plutot quand sa femme accepte l’existence de cette vérité)…

Un film ironique

Le hors champ, c’est aussi l’ombre des démocraties occidentales qui se concrétisent sous la forme d’un officier dont on ne voit même pas le visage… Il y aurait tant à dire: film ironique, servi par une bande son utilisée avec intelligence, film sans espoir (voire le dénouement…) cynique qui exhibe son propre cynisme par une pratique toute brechtienne de la distanciation (voix off, regard aux spectateurs), réflexion sur l’état du monde, sur la place du commerce des armes, il est un état des lieux dont on sort choqué, abasourdi… Sa force est d’ailleurs de nous faire rire au début et de nous amener progressivement à cette conscience malheureuse de la situation mondiale (nous suivons en ce sens l’évolution de Cage qui reste jusqu’au bout le personnage le plus conscient et, paradoxe suprème, le plus franc -franchise cynique et complaisante certes- du film dans sa manière d’assumer sa fonction dans la marche du monde).

Une réussite sous forme de choc, parfois démonstratif certes mais qui, servi par un scénario au poil et une mise en scène riche d’idées, nous oblige à perdre une certaine forme de naiveté!

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