L’exorcisme d’Emily Rose (2005)

De Scott Derrickson. Mon goût pour l’étrange, l’inexplicable m’ont poussé vers cet honnète (quoique un peu mou) film américain qui se veut l’assemblage d’un film de procès (un genre en soi) et d’un film d’épouvante (avec le thème de l’exorcisme). La construction du film alterne donc scènes de procès (avec tous ses clichés: déroulement des témoins, objections votre honneur etc…) et scènes de la vie et de la possession d’Emily. L’histoire commence d’ailleurs après la mort de la jeune Emily, après l’échec d’un exorcisme pratiqué par le père Moore, mis en accusation pour homicide par imprudence et qui va donc devoir se défendre en essayant d’imposer la possibilité du démon au coeur d’une machine judiciaire qui se fonde, non pas sur la foi, mais sur la raison et le factuel.

L’exorcisme d’Emily Rose, l’histoire commence après sa mort

Tout l’enjeu du film est justement la pénétration de cette possibilité au coeur de l’espace public et donc la reconnaissance de la foi et de l’inexplicable dans l’histoire humaine. Ainsi, la structure adversative du procès permet d’instaurer un débat sur le cas Emily : foi contre raison, explicable (expliquer par la médecine, la psychologie voire la psychanalyse) contre pure adhésion à la version du prètre, autant de points d’affrontements qui visent à penser le rapport du sacré et du profane… Au début, on ne sait si le cas d’Emily est une supercherie ou pas, c’était là d’ailleurs la force du film, provoquer l’hésitation du spectateur, ne pas accepter son adhésion immédiate à la version du prètre. Mais à l’instar du personnage de l’avocate (agnostique, ironique et sceptique), le spectateur va être progressivement obligé d’accepter l’existence du Diable. Le cas d’Emily devient alors une forme de coup publicitaire, rappelant les athées et autres sceptiques à accepter l’existence du divin. A vrai dire, j’aurai préféré que le film conserve son ambigüité initiale mais le fait de montrer l’exorcisme rendait quasi impossible cette posture. Dommage, le film perd en complexité ce qu’il gagne en évangélisation, d’autant plus qu’on nous rappelle à plusieurs reprises que l’histoire est tirée de faits réels…

Pas désagréable à regarder, par moments vraiment prenant, à d’autres soporifique, l’Exorcisme d’Emily Rose est un divertissement qui pose quelques questions intéressantes, qui se veut également didactique (d’où le choix du procès) mais qui reste à des années lumières de l’Exorciste de l’excellent William Friedkin… Ce dernier reste et restera sans doute indépassable tant son interrogation sur les rapports de la foi, de la possibilité du démon avec les ressorts et modalités traditionnelles de la rationalité est posée et montrée avec brio et intelligence. Si vous ne devez n’en voir qu’un…

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