La Planète des Singes : L’attente des Fans

Cela fait maintenant quelques mois qu’on attend le prochain film de Tim Burton, remake du célèbre film de Franklin J. Schaffner, sorti en 1968 avec Charlton Heston en vedette. Découvert par les américains le 27 Juillet, il sortira le 22 Août en France, et il suscite bien sûr chez nous, fans de Tim Burton, de nombreuses interrogations. Tout d’abord, il s’agit du premier remake du réalisateur, et on peut se demander si le projet avait une véritable utilité, dans la mesure où le premier film, qui était déjà l’adaptation d’un roman de Pierre Boulle, ne souffre d’aucune critique majeure et constitue un grand classique de la science-fiction. Evidemment, les effets spéciaux ont un peu vieilli mais on n’ose imaginer que c’est là le seul intérêt que présentera la version de Burton.

Un film pas comme les autres

A première vue, si le sujet du film comporte de nombreuses pistes philosophiques, il ne rentre pas dans la thématique développée habituellement par le metteur en scène, qui s’intéresse bien souvent à l’histoire de marginaux et à leur difficulté d’intégration dans une société uniformisatrice. Cependant, on sait déjà que Burton a cherché à donner sa vision personnelle du roman de Boulle, en cherchant, comme ce fut le cas pour Batman, à s’approprier une histoire et des personnages qui ne sont pas de lui. Et puis, l’histoire initiale aborde un thème qui lui est tout de même familier, celui de l’inversion sociale où les individus normaux deviennent des curiosités et inversement (on le retrouve dans L’Etrange Noël de Monsieur Jack, avec la vision qu’ont les habitants d’Halloween-ville du monde normal et dans Beetlejuice, avec cette histoire de fantômes qui veulent bio-exorciser les vivants). Il s’agit donc là d’une base sur laquelle Burton a pu éventuellement s’appuyer pour réaliser une version personnelle de La Planète des Singes, comme il l’avait fait pour Batman avec le thème de la double personnalité.

Ce qui paraît plus inquiétant est la tendance qu’a Tim Burton depuis plusieurs années à réaliser des films de commande sans véritablement y apporter sa contribution personnelle, au moins d’un point de vue émotionnel. En effet, depuis Ed Wood qui est vraiment un film dans lequel il s’est investi à 100% et où il nous fait partager sans détour à travers son personnage sa passion pour le cinéma, le metteur en scène semble vouloir toucher à tout et il semble, toute proportions gardées, qu’il le fasse avec moins d’enthousiasme et de sincérité qu’à ses débuts. Je le répète, tout cela est relatif : je suis un fan absolu de Mars Attacks! et j’adore Sleepy Hollow, qui réussit à être un véritable film de genre tout en ayant un budget conséquent. Il faut néanmoins constater que ces deux films sont moins riches d’un point de vue émotionnel et au niveau de la puissance dramatique que les grands sommets cinématographiques burtoniens que sont Edward aux Mains d’Argent, Batman le Défi ou Ed Wood. Et ce n’est sans doute pas avec La Planète des Singes, qui fait office de block-buster estival, que Burton nous livrera un film miraculeux comme il en a le secret. Quelles sont, alors, les raisons d’espérer? La première est certainement l’existence d’un film produit par la Warner en 1992 qui est devenu contre toute attente un grand film d’auteur. Je veux bien sûr parler de Batman le Défi, et je vous renvoie à la section que j’y ai consacré pour que vous en soyez convaincu. Si Burton a réussi à nous refaire ce coup-là, La Planète des Singes sera certainement le film de l’année, mais on n’ose peut-être pas en demander autant. Disons, ce qui est nettement plus probable, qu’il a de fortes chances d’être le film hollywoodien de l’année, comme à chaque sortie d’un nouveau film du réalisateur (c’est le fan qui parle).

Pour ce qui est de l’équipe technique du film, pas de problèmes, Burton s’est entouré de gens qu’il connaît et qu’il aime bien, ce qui laisse penser que le film sera au moins une réussite d’un point de vue esthétique. On retrouvera donc Rick Heinrichs (Vincent, Sleepy Hollow) aux décors, Colleen Atwood (Edward aux Mains d’Argent, Mars Attacks!, Sleepy Hollow) aux costumes, Rick Baker (Ed Wood) aux maquillages et bien entendu Danny Elfman (la liste est trop longue!) à la musique. Les premières images du film, offertes par la bande-annonce et le teaser officiel, sont extrémement prometteuses même si comme toujours, ils nous laissent sur notre faim et ne permettent pas de se faire une idée précise de la valeur du film. Il semble tout de même qu’on aura une Planètes des Singes à l’ambiance nocturne et envoûtante, et que les intérieurs des habitations simiesques auront une forte influence gothique, alors que leurs tuniques seront plutôt d’inspiration asiatique médiévale. On est donc en plein visuel burtonien, ce qui est déjà un acquit important. Pour ce qui est du scénario, on ne sait pas grand-chose, même s’il est clair que Burton a au moins tenté d’y contribuer assez largement. Il voulait même inclure une histoire d’amour entre un homme et un singe, ce qui aurait été une victoire pour le droit à la différence qui lui est cher, mais il semble que ce n’était pas au goût des producteurs, qui ont estimé qu’Estella Warren remplacerait avantageusement une guenon dans le coeur du héros.

Voilà donc l’occasion pour finir de parler du casting qui, première déception, ne fait pas appel à beaucoup d’acteurs fétiches de Tim Burton. Le seul qui semble être présent est Glenn Shadix, qui incarnait Otto, l’expert en décoration intérieure calamiteux de Beetlejeuse et figurait dans l’équipe des voix de L’Etrange Noël…. Il devrait jouer un orang-outang et on attend avec impatience sa prestation. On peut également signaler la présence maintenant traditionnelle de Lisa Marie, qui incarnera une femelle chimpanzé, et le jeu consistera bien sûr à la reconnaître. Le reste du casting ne comporte pas de grande star, ce qui est compréhensible puisqu’il paraissait impensable de payer un acteur plusieurs dizaines de millions de dollars pour le cacher derrière un épais maquillage. Le grand méchant sera quand même joué par Tim Roth, bien entendu rendu méconnaissable par le formidable travail de Rick Baker, spécialiste des visages simiesques, mais dont on reconnait tout de même le regard inimittable. Le rôle du héros humain revient quant à lui à Mark Wahlberg (The Yard), et il est probable qu’il soit un personnage assez effacé, à l’image du Batman sombre et torturé qui fut joué par Michael Keaton. On pourra également voir Helena Bonham Carter et Spike Jonze, ainsi que le top-model Estella Warren, comme je l’ai signalé, et Michael Duncan Clarke, le géant miraculeux de La Ligne Verte, qui sera un soldat gorille à la carrure impressionante. Enfin, je ne sais toujours pas si Charlton Heston fera une apparition grimé en singe ce qui, de toute façon, n’apportera pas grand-chose et se fera contre l’avis de Tim Burton, qui n’a jamais aimé l’idée de voir une star apparaître dans un film juste pour avoir son nom sur l’affiche ou faire un clin d’oeil quelconque.