Ils (juillet 2006)

De Xavier Palud et David Moreau. Plusieurs raisons m’ont poussé à aller voir cette histoire d’un couple français exilé en Roumanie, assailli dans sa grande demeure par des présences malveillantes. La première est le désir qu’avait suscité en moi la bande annonce, vue il y a déjà quelques semaines et qui annonçait un bon film claustro phobique, angoissant et à suspens. Ensuite, mon goût actuel (ou plutôt mon goût renouvelé) pour le genre du film d’épouvante rencontrait ici une production française, plutôt rare en la matière, et qui donc titillait ma curiosité…Je peux d’ores et déjà vous dire que Ils ne m’a pas déçu et s’est révélé être un film efficace, remplissant pleinement son contrat de peur et de sueur (à voir au cinéma donc, le passage au format télé venant le plus souvent amoindrir la charge émotive du genre).

“Ils”, un film modeste, d’une littéralité et d’une esthétique réaliste

Sa réussite réside selon moi dans le souci affiché d’une littéralité qui se transmet à ses différentes composantes. Ainsi, Ils arrive à s’inscrire littéralement dans un genre (ce qui est par définition l’émanation d’un code, donc d’une vraisemblance construite et coupée d’un effet de réel) tout en se construisant autour d’une esthétique réaliste jouant pleinement sur l’identification du spectateur: cette démarche paradoxale fait donc la force du film, un film modeste dans son projet et ses modes d’expression et qui garantit alors un moment de pur divertissement.

Déplions ce principe de littéralité. La littéralité s’exprime au coeur d’un genre à travers des effets cinématographiques codés et connus (jeu sur les échelles des plans, alternance entre plans subjectifs et vision “objective”, alternance également entre silence et musique qui appuie les moments d’angoisse etc…) réemployés à bon escient et l’usage de motifs narratifs eux aussi utilisés littéralement, c’est-à-dire au premier degré (le film prend pour moteur narratif la course-poursuite, le couple se sépare, l’un des personnages traîne la patte, les cris ponctuent le déroulement etc…). Ils refuse donc toute forme de second degré, de distanciation et s’adresse donc, en priorité, aux amateurs du genre. Or, pour que cette littéralité produise les effets escomptés et donc rende le film attrayant, il fallait une contrepartie, et cette contrepartie est le choix d’une forme de réalisme (donc littéralité dans le monde représenté). Ce réalisme est marqué d’emblée dés le début du film où il est écrit que l’histoire est inspirée de faits réels, ce qui rendra d’autant plus effrayant un dénouement assez inattendu, faisant clôture avec le début du film où l’on voit le personnage de Clémentine confrontée à une classe (elle est enseignante de français en Roumanie donc) difficile…

L’espace domestique peut devenir source d’un danger intérieur

Tourné en DV, le film privilégie les lumières “naturelles”, celle du décor par exemple, et se déroule le plus souvent en caméra portée (traduction d’une urgence à montrer, comme si le film passait en temps réel). De même, la thématique de l’intrusion de l’étranger dans l’espace privé (grand topos de l’épouvante s’il en est) est tout à fait plausible. Cette intrusion est donc le moteur du film, ces “Ils” sont les inconnus, les étrangers, bref, l’altérité effrayante qui pénètre la propriété privée et l’intimité du couple, révélant alors que l’espace domestique (ce qui doit être protecteur) peut devenir finalement source d’un danger tout intérieur (une scène montre les présences fermer les volets de la propriété, autrement dit enfermer les propriétaires dans leur propre espace), ce qui implique alors la nécessité de se confronter à l’espace ouvert de la forêt environnante, longuement présentée au début (lieu depuis la littérature du Moyen-Age du danger, de la mise à l’épreuve et du primitif) qui devient ainsi l’espace ambivalent de la possibilité de la survie et de la mort. Toutes les notions de limites, de seuil, d’espaces structurent profondément ce film qui joue avant tout sur l’évolution dans un espace multiple et fragmenté, sur le mouvement constant de la fuite à travers une succession d’espaces.

Voilà donc un film qui, sans révolutionner le genre, arrive pourtant à intégrer le spectateur à une démarche littérale qui aurait pu faire sa faiblesse. J’ai pris au final beaucoup de plaisir à me faire peur et à m’identifier à ce pauvre couple à l’intimité menacée…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *