Jellyfish (2002)

De Kiyoshi Kurozawa. Entièrement tourné en DVJellyfish raconte l’histoire énigmatique d’un jeune homme (Nimura) qui, à la suite du suicide de son ami Mamoru (lui qui a assassiné son patron…), va s’occuper d’une méduse jusque là propriété de Mamoru… Kurozawa délaisse ici et pour un temps la tonalité fantastique qui a fait sa renommée pour ancrer son film dans une réalité sociale et quotidienne: celle du Tokyo contemporain et de son monde du travail.

Question de la famille dans Jellyfish

Comme énormément de films japonais, Jellyfish se veut une réflexion/description de la jeunesse japonaise, symbolisée par Nimura, personnage sans repères réels (en particulier familiaux et plus largement existentiels) qui trouvera à la fin du film, avec une bande de jeunes désoeuvrés, le pendant collectif à son propre ennui. Ainsi, Nimura, à l’instar de Mamoru, est un personnage qui ne parvient pas à s’adapter à une réalité sociale et économique: le film s’ouvre sur le travail dans une blanchisserie puis se poursuivra dans un bureau, à chaque fois, on voit bien l’ennui, l’incapacité de Nimura à accepter les rêgles de cette vie laborieuse (productivité, don de soi…). Il n’est pas étonnant de voir l’assassinat du patron dans le premier tiers du film : ce qui est assassiné avec lui, c’est aussi l’ancienne génération (et donc les valeurs dont elle est porteuse) et le symbole de l’ordre économique contemporain.

Autre aspect traité par le film: la question de la famille (autre thème structurant du cinéma japonais). L’emprisonnement de Mamoru est l’occasion d’une reprise de contact avec son père, père qu’il n’a pas vu depuis 5 ans. En quelques plans, à travers un cadre fortement structuré, on comprend tout ce qui sépare puis réunit le père du fils. L’économie de moyens conjuguée au sens de la composition rendent superflue toute parole et tout long discours…Or, le père, qui avait failli (une figure en crise donc), va devenir, après le suicide de Mamoru, un père de substitution pour Nimura (il pense à un moment l’adopter…), autrement dit le père symbolique capable d’apporter des repères à un jeune qui en était dépourvu.

Le jeune homme et la méduse

Et cette méduse? Que vient-elle faire dans tout cela? Dans un premier temps, elle ponctue le film, le scande. Elle pourrait, je pense, être un symbole à plusieurs niveaux: animal de mer, elle s’est progressivement adaptée à l’eau douce de Tokyo. Faut-il y voir une image possible de la survie du héros dans un univers qui n’est pas le sien? Possible. Elle est aussi objet de fascination, intrusion d’un étrange pourtant parfaitement réaliste. Sans doute, ce motif participe-t-il d’une réflexion plus générale sur le rapport de la réalité à la fiction (réflexion qui traverse les différents films de Kurosawa), sur les limites poreuses entre l’une et l’autre…Bref, je dois avouer ma difficulté à cerner pleinement le sens de cette méduse (mais faut-il vraiment en chercher le sens?) qui reste, au demeurant, une objet esthétique de tout premier plan.

Au final, Jellyfish est un film assez opaque, par moments relevant d’un exercice de style pur mais gardant toujours cette charge mystérieuse qui fait sa force. La maîtrise technique de Kurozawa est évidente mais le film laisse malgré tout un goût d’inachevé, sans doute à cause de l’hésitation entre peinture sociale réaliste et intrusion d’un motif (la méduse) qui semble par moments détruire l’équilibre du tout…

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