Jean-Philippe (avril 2006, récemment sorti en DVD)

de Laurent Tuel. L’idée était bonne, très bonne d’ailleurs, un vrai bon scénario : Fabrice, fan absolu de Johnny Hallyday se réveille un beau jour dans une réalité où l’idole des jeunes n’existe pas ou plutôt n’est plus la star que l’on connaît… Il part à sa recherche et le retrouve sous les traits d’un patron de bowling, bref d’un type comme les autres… Il décide alors de le ramener en haut de l’affiche…

Une collusion entre acteurs et personne réels avec “Jean-Philippe”

Des lignes de force traversent le film. La première nous montre comment Johnny se caractérise comme l’une de ses figures mythologiques modernes, dont la légende se transmet avant tout par la parole et la ferveur populaires. Privé de tout ce qui le rattachait matériellement à son idole, Fabrice n’a plus que sa mémoire et sa parole pour la faire exister, pour, littéralement, la ressusciter. Seconde ligne de force : une réflexion sur le hasard et son rapport à la célébrité. Explorer différents niveaux de réalité, c’est, in fine, montrer comment la célébrité n’advient que par le truchement de concours de circonstances, comment elle n’est finalement qu’une manifestation contingente.

Les ressorts comiques sont relativement efficaces. Ainsi, Fabrice fait rire et sourire parce qu’il semble le seul à croire en SA star (le film montre au passage comment un fan ne vit que dans cette appropriation névrotique). Luchini est bon, très bon et fait, plus que jamais du Luchini (en gros, on adore ou on déteste…). De même, les multiples gags mettant en scène une collusion entre acteurs et personne réels et personnages de fiction fonctionnent plutôt bien. Le film se suit avec plaisir, servi par une musique qui vous rappellera sans doute quelques comédies américaines. Mais alors, qu’est ce qui cloche ?

” Jean-Philippe”, une réalisation simple

Et bien la réponse semble assez simple : la réalisation… Aucun style, aucune mise en valeur. Le réalisateur ne fait que suivre le déroulement de son scénario (un bon ne scénario ne garantit donc pas un excellent film…). En ce sens, tout ce qui faisait la force de l’idée initiale tombe plus ou moins à l’eau : la partie sur le dépaysement du personnage propulsé dans un monde qu’il ne connaît pas est trop rapidement expédiée ; l’illustration des décalages temporels sont rares ; l’aspect science-fiction est rapidement abandonné au profit d’un récit des plus classiques (malgré un dénouement renversant). Ne restent que les numéros d’acteurs et la confrontation des deux figures que sont Luchini et Hallyday, autrement dit ne reste que la face people du film. C’est dommage car le scénario avait un vrai potentiel et détonnait dans le paysage cinématographique français. Au lieu de cela, voilà une énième production calibrée pour le dimanche soir (ah pardon, on me dit à l’oreille que le film du dimanche soir n’existe plus…).

Que conclure ? Jean-Philippe, film sympathique dépourvu de toutes ambitions artistiques et cinématographiques. Parfait pour une soirée paisible et par là même parfait pour le format télé…

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