chronique

Jarhead (2006)

De Sam Mendes. Jarhead nous invite à réfléchir sur les liens entre cinéma et guerre à l’occasion de la première guerre du Golfe en 1991. La figure centrale du film pourrait être celle de l’inadéquation: expliquons nous!

Jarhead: même principe que la guerre du Viet Nam

De nombreuses références explicites aux films sur le Viet Nam (Voyage au bout de l’enferFull Metal Jacketen particulier repris dés le début du film) indiquent que les marines sont formés à l’école du Viet Nam, que leur vision de leur guerre est celle du Viet Nam, leur références celles du cinéma qui a mis en forme cette guerre… Le réalisateur suit donc ce trajet et filme, copie littéralement ses fameux précédents. La guerre du Golfe est ainsi préparée et donc filmées avec les mêmes méthodes, les mêmes principes que la guerre du Viet Nam (le début du film est un décalque de Full Metal Jacket : on colle sur l’Irak la vision du Viet Nam, on intègre en tant que soldat l’imagerie et les principes Viet Nam… Le problème devient alors clair et s’éclaire au contact de la réalité irakienne : cette guerre n’a rien à voir avec celle que vont vivre les GI et c’est bien cette béance, cette inadéquation que le film problématise à différents niveaux: au niveau de l’hitoire, que voit-on? Des marines qui s’ennuient, qui se saoulent, des marines qui attendent le moment de tuer, moment qui soit ne vient pas, soit est désamorcé… Conséquence sur la forme filmique: un film dont on aperçoit seulement le point de vue des marines, et qui expulse de son corps la figure de l’ennemi: à l’instar de ce que fut cette guerre, on ne voit que la force aérienne en action et encore filmée de loin ou par le truchement d’une vitre, toujours à distance quoi qu’il en soit, au même titre que les marines restent à distance de cette guerre….

L’ennui, la déliquescence

Ainsi, pour un film de guerre, que reste-t-il à filmer quand le corps de l’histoire (le combat, les luttes terriennes) n’existe pas? Quelles images peut-on donner d’une guerre qui se joue hors du terrain, hors de l’homme et d’un champ de bataille inter humain? Finalement pas grand chose et le film devient alors une variation sur l’attente rappelant à bien des égards les problématiques de la pièce de Beckett, En attendant Godot… Que font ces soldats? Ils attendent? Que filme t on? L’ennui, la déliquescence (alcool) qui finit par détruire l’équilibre mental des soldats… Ce qui reste du film de guerre: des archétypes, l’imagerie de la virilité, les codes marines, seuls points de repère pour des soldats inoccupés, si peu préparés à cette guerre…Bref une forme de douce folie reconnaissable mais qui nait d’un contexte radicalement différent du Viet Nam…ce que suggère d’ailleurs une scène vers la fin du film où un vétéran du Viet Nam vient féliciter ces nouveaux héros: échange de regard pathétique: le vétéran honteux d’avoir perdu sa guerre face à des marines revenus victorieux d’Irak, promus au rang de héros mais conscients de leur absence de légitimité, conscients en quelque sorte d’être des usurpateurs …

Abrégeons: ce film est très bien joué, très bien écrit, il nous montre ce qu’est la guerre d’aujourd’hui, lointaine, peu en rapport avec celles précédentes, mais toujours porteuse d’un cérémonial militaire destructeur pour l’individu…Moteur de réflexion à de multiples niveaux (quelles sont les valeurs de cette amérique et de son armée? L’homme au service du pétrole, l’absence d’idéologie des soldats etc…) ce film vaut vraimnet le coup d’être vu et marque un pas décisif dans l’histoire du film de guerre, dans la réflexivité et la pensée sur l’évolution du genre, assez proche de Full Metal Jacket malgré des différences importantes mais une même force dans la démonstration!

A voir absolument!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *