Jacky au royaume des filles de Riad Sattouf

Il soufflait en 2009 une légère brise rafraichissante dans le domaine de la comédie française. Venu du monde de la bande-dessinée, Riad Sattouf nous comptait alors les chroniques de deux losers d’un collège de province. Passé par la Semaine de la critiques du festival de Cannes, Les Beaux gosses portait un regard intemporel sur les mésaventures que réserve à tous l’âge ingrat. Le dessinateur avait réussi sa conversion au film live, dans un style moins flamboyant que son pair Joann Sfar qui lui aura emboîté le pas l’année suivante avec Gainsbourg, vie héroïque. Se plaisant dans l’humour, Sattouf poursuit son bonhomme de chemin en 2014 avec cet OVNI qu’est Jacky au royaume des filles, sorte de pamphlet potache sur les normes officieuses instaurées par un patriarcat qui règne sur la majorité des sociétés. Que nous vaut cette plongée en république démocratique et populaire de Bubunne?

L’histoire de Jacky au royaume des filles

Synopsis : En république démocratique et populaire de Bubunne, les femmes ont le pouvoir, commandent et font la guerre, et les hommes portent le voile et s’occupent de leur foyer. Parmi eux, Jacky, un garçon de vingt ans, a le même fantasme inaccessible que tous les célibataires de son pays : épouser la Colonelle, fille de la dictatrice, et avoir plein de petites filles avec elle. Mais quand la Générale décide enfin d’organiser un grand bal pour trouver un mari à sa fille, les choses empirent pour Jacky : maltraité par sa belle-famille, il voit son rêve peu à peu lui échapper…

Les fans de l’univers dessiné de Riad Sattouf auront fait le lien avec l’une des aventures du personnage Pascal Brutal qui découvrait que la Belgique était devenue une où tous les hommes devaient porter une sorte de burqua. A partir de cette histoire, le réalisateur a étendu sa réflexion sur une dictature plus ou moins situé en Europe de l’Est/Asie centrale. Vincent Lacoste est Jacky, un jeune garçon qui est en âge de se marier. Alors qu’il attire sur lui les regards de ses voisines et la convoitise pour des mariages arrangés, il n’a d’yeux que pour la Colonelle (Charlotte Gainsbourg). Cette dernière devant bientôt succéder à sa mère au pouvoir suprême, un grand bal est organisé où les plus beaux prétendants seront réunis afin qu’elle choisisse son futur compagnon. Apprenant cela, Jacky fera tout pour participer à cet événement, persuadé que l’amour qu’il voue à la Colonelle sera réciproque.

Que de bonnes idées dans ce nouveau film de Riad Sattouf.

Cocasse que ce choix de pousser à l’extrême l’inversion de tous les codes de la théorie du genre. Chaque petite découverte de cette société parallèle refermée sur elle-même est assez drôle, sachant que l’exploration de ce petit monde opprimé est perpétuelle. Dans cet univers où les femmes ont le pouvoir absolu et les poneys des vertus surnaturelles, le réalisateur a choisi d’y écrire ce que l’on appelle plus communément un conte de fée. Jacky est l’équivalent masculin d’une cendrillon qui rêve d’épouser la princesse charmante et de lui donner plein de petites filles. En dehors du personnage de Michel Hazanavicius, l’oncle de Jacky qui est ouvert sur les conditions et des mœurs dans le reste du monde, tous sont dans leur réalité improbable qui règne en république démocratique et populaire de Bubunne. Et c’est bien là le premier souci pour entrer dans le délire du film.

Difficile pour une spectatrice ou un spectateur lambda de s’identifier à ce gentil benêt de Jacky qui accepte complètement sa condition. Possible qu’avec un personnage principal qui doit s’habituer aux règles de cette dictature, comme Pascal Brutal dans l’histoire originale, le décalage aurait été plus efficace. Bien sûr, tout cela est fait pour souligner le ridicule et l’absurdité du sort des femmes dans certains pays du monde. Mais comme en France on n’en est pas encore là, la satire sociale qu’aimerait être Jacky au royaume des filles aura bien du mal à avoir un réel impact chez nous. Après, le vrai problème du nouveau film de Riad Sattouf est que ce dernier ait cherché à tout dénoncer dedans, en résulte un bordel informe et indigeste.

D’une part, nous avons la critique des abus machistes sur les femmes. Mais il faut rajouter à cela une parodie des dictatures, notamment communistes. Le tournage en Géorgie a bien aidé à donner un ton particulier aux décors. Cependant, la manière de les mettre en scène par Riad Sattouf les rend encore plus hideux qu’ils ne le sont. Les militaires abusent de leur pouvoir sur la population. On tombe même dans une dystopie ultime lorsque Jacky apprend l’origine de la bouille incolore dont se nourrissent les habitants. En dehors de quelques répliques qui arrivent à faire mouche, tout le casting ne semble pas être dans l’ambiance, telle une Charlotte Gainsbourg éteinte en tête. Même le retournement final plutôt osé n’a pas la force qu’il devrait avoir, concluant un tout long et trop laborieux.

A vouloir tout dénoncer, Jacky au royaume des filles est un film qui ennuie car il ne concerne pas le public qui ira le voir. On préfèrera attendre l’adaptation sur le grand écran du vrai mâle alpha Pascal Brutal.

Jacky au royaume des filles dans les salles le 29 janvier 2014 avec Pathé.

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