Isolation (2006)

De Billy O’Brien. Le film prend pour unique cadre une petite ferme irlandaise. Dan Reilly a accepté, pour sauver son exploitation en crise, de soumettre son bétail à des tests génétiques visant à améliorer la fécondation… Bien évidemment, l’expérience tourne court et le bétail verra naître une forme mutante se nourrissant, grandissant et se propageant à travers hommes et bêtes. On voit tout de suite le sens global et assez clair que l’on peut tirer du film: les tentatives génétiques pour modifier mère nature ne peuvent déboucher que sur le monstrueux. Les angoisses actuelles sur la malbouffe, la peur de la génétique sont donc pleinement réexploitées. Le réalisateur a également la bonne idée d’ancrer l’histoire dans un décor agricole réaliste (des plans de coupe en indiquent rapidement et clairement la topographie) mais aussi dans un contexte social de crise agricole : Dan Reilly voit sa ferme se déliter sous ses yeux à travers l’abattage progressif de tout son cheptel (un écho à la vache folle, à la grippe aviaire, bref à toutes les formes d’épidémies animales actuelles…). Ce drame est ainsi placé au cœur du film qui parvient donc (à l’instar d’un Hideo Nakata) à conjuguer film de genre et prétention réaliste.

Isolation, film d’horreur pleinement réussi!

La mécanique est assez efficace à travers une idée initiale pertinente : loger l’horreur au cœur d’un quotidien inattendu. Jouant pleinement sur les références que sont The Thing et Alien (beaucoup de citations filmiques), le réalisateur parvient à concilier le registre de l’horreur intériorisée (les personnages sont, à un moment ou un autre porteur de la chose ou de la possible contamination) et de l’épouvante extérieure produite par une créature qui ne se dévoile que dans le dernier tiers du film. Ce qui prime dans le genre horrifique, c’est la capacité à dépasser des poncifs narratifs par la création d’une ambiance et d’une esthétique particulières, ce qui est ici pleinement réussi! La force du réalisateur réside d’abord dans sa capacité à découper l’espace global de la ferme (on pénètre d’ailleurs dans l’univers filmique en franchissant une entrée…interdite) en de multiples micro espaces narratifs et à suspens (la première scène de l’accouchement est en cela une réussite inaugurale). Autre trait stylistique (mais aussi générique) : une échelle de plans très réduites, toujours au plus près du personnage et qui ne laisse place qu’à de l’obscurité inquiétante lorsqu’elle s’agrandit (à noter un travail remarquable sur l’éclairage). Enfin, le réalisateur sait jouer à la perfection avec toute la palette des textures horrifiques: du gluant, du visqueux, du liquide… La ferme semble être un espace en pleine putréfaction: la décomposition plastique rejoint en cela la décomposition sociale de l’exploitation…

Que dire pour conclure? Et bien que ce film est très bien fait, jouant pleinement la carte de la suggestion et de l’angoisse latentes plutôt que l’esbroufe à tout prix (même si je n’ai pas été aussi angoissé que ce que j’espérai)… Un bon moment, à réserver aux amateurs du genre même si le film pourra toucher, par ses thématiques et qualités esthétiques, un public un peu plus large…

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