Invasion Los Angeles (1988)

De John Carpenter. Le cycle Downtown LA présenté à la cinémathèque s’achève pour moi avec ce bon gros nanar qui nous raconte le parcours de John Nada qui découvre une trafic de lunettes très spéciales. Une fois posées sur le nez, la ville apparaît sous son vraie visage tandis qu’une partie de l’humanité se révèle être des extraterrestres bien décidés à prendre le pouvoir sur terre… Exemple parfait du film fauché, sans moyens, qui peut à l’occasion bien vous faire rire tant le jeu des acteurs (le rôle principal est tenu par un ancien catcheur…) est, comment dire, très particulier…En tous cas, c’est du Carpenter, c’est certain: la musique très cow boy, des mecs, des vrais avec répliques qui claquent, et surtout cette façon d’assumer complètement l’inscription de son film dans les séries z (une scène de baston mémorable, interminable mais qui est en fait une parodie joyeuse d’un combat de catch!)…

Invasion Los Angeles, Une trafic de lunettes très spéciales

Pourtant sur le plan des idées, le film a de réels arguments. D’abord la vision de la ville est assez pertinente, beaucoup de plans au début du film opposent le décor des bidons villes de l’époque (premier plan) aux buildings de Downtown (arrière plan qui tend d’ailleurs à écraser de sa puissance le premier). Los Angeles possède donc un centre malfaisant (le personnage découvre la vérité lorsqu’il y pénètre) et qui contrôle de toute sa hauteur les bas quartiers c’est-à-dire les populations de base… On y retrouve également des éléments propres à la science fiction (K. Dick en tête) : paranoïa, l’autre moi-même comme étranger radical, univers totalitaire etc…Les lunettes servent la thématique du visible et de l’invisible : le visible, l’ordre apparent, l’invisible, l’ordre totalitaire, le contrôle et la manipulation invisible. Tout le monde en prend pour son grade : charge contre la société reaganienne de l’époque, contre la politique sécuritaire et policière, contre les politiques manipulateurs qui ne servent que leur intérêt personnel, contre la paranoïa face à l’ennemi communiste. Mais charge également contre les violences policières et bien évidemment contre la télé qui endort la conscience de la population et contre la société consumériste. Ainsi, les lunettes font voir les messages cachés derrière les affiches de pubs et autres magazines… Une fois les lunettes mises, on entre dans un monde en noir et blanc (forcément!) où se lisent appels à la consommation et à l’étouffement de la conscience. Cette idée est d’ailleurs selon moi la meilleure du film car les lunettes marquent le passage de l’inconscient au conscient, des messages subliminaux aux messages explicites: le monde ne serait en cela qu’un grand hiéroglyphe à déchiffrer… Le film m’apparaît aussi comme un lointain précurseur de Matrix : on y voit des passages entre plusieurs dimensions mais également entre plusieurs niveaux de réalité et de conscience. On y retrouve aussi les thématiques de la passivité, de l’acceptation du sommeil de la conscience, la petite pilule étant remplacer ici par le port des lunettes.

Invasion Los Angeles aurait pu être un grand film de science-fiction mais encore eût-il fallu quelques moyens ou une mise en forme et une interprétation un peu moins toc et kitsh! Intéressant néanmoins dans les thématiques qu’ils véhiculent et la liberté de ton de Carpenter qui, et c’est bien là l’essentiel, n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat!

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