Happy Feet (novembre 2006)

Petite merveille d’intelligence et de finesse signée George Miller qui se livre ici avec brio au charme de l’animation. Sur une trame ultra classique et claire, le réalisateur du premier Mad Max et de Babe (la conjonction des deux est savoureuse !) parvient à conjuguer les exigences du film grand public à une réflexion poussée sur les notions de communauté et d’assimilation culturelle. L’histoire déroule l’éternelle problématique de la quête initiatique : Mumble est un pingouin d’Antarctique qui n’arrive pas à chanter… Ce qui semble bien problématique puisque les pingouins se cimentent autour du chant… Son don à lui, c’est les claquettes, c’est le rythme du corps… ce qui ne manque pas de constituer une anomalie pour les Anciens qui bannisse le pauvre petit Mumble… Heureusement, il se liera d’amitié avec des Amigos de Terre Adélie, petits manchots baignant dans une ambiance latino salsa…

Mumble danse c’est Happy Feet

La structure du récit laisse apparaître la problématique d’ensemble : l’anormal ne l’est qu’au regard d’une conception rigide de l’identité sociale et culturelle qui prend pour alibi l’argument mystique (la danse serait la cause d’une pénurie de poisson alors qu’elle ne s’origine que dans les comportements humains). Le régime de la survie légitimerait alors le repli sur soi et sur la tradition. Mumble doit donc quitter la communauté pour être lui-même et pour prendre pleinement conscience de la relativité de la norme. Ainsi, lorsqu’il rencontre les Manchots latinos (tordants d’ailleurs !), il découvre une identité culturelle qui ne nie pas le corps, mais qui au contraire se construit sur son langage et sur sa reconnaissance : les pas de danse de Mumble suscitent immédiatement l’admiration. Mais d’une certaine manière, le problème reste le même : il reste en dehors de sa communauté… Dés lors, le seul moyen de la réintégrer sera de signifier le faux-semblant de la norme en vigueur, il s’agira de modifier la structure entière du groupe.

La cause de la pénurie de poisson!

Logique de la structure encore : Mumble part avec ses amis à la recherche de ce qui cause la pénurie de poissons. L’enquête (qui présuppose systématiquement une quête) le mènera devant les extra-terrestres (c’est-à-dire nous), autrement dit elle le mènera à saper le fondement de la superstition qui cimentait jusque là la communauté des pingouins… La libération du groupe de son aliénation, du simple régime de la survie passera ainsi par la réintégration d’un élément déviant et par l’acceptation de son identité. Sur un autre plan, cette libération coïncidera avec le retour à une forme d’énergie vitale et primale, le retour à une source de vie réprimée (il y a donc une dimension mythique dans le film). Si le dénouement raccorde Happy Feet aux problématiques écologiques actuelles, il prend sa véritable dimension dans l’exploration de la thématique culturelle. En effet, nous pourrions lire entre les lignes une critique radicale d’une culture dominante qui ne reconnaît pas en son sein les cultures autres et exogènes (d’où le motif latino qui renvoie directement à la communauté latino américaine) ou qui ne les perçoit que sous l’angle de la déperdition ontologique (altération de l’identité)… Le motif de l’enfermement dans le dernier moment du film prend alors bien des sens métaphoriques…

Happy feet c’est époustouflant

Sur un plan technique, le film est tout simplement époustouflant. J’ai souvent coutume de dire que c’est dans les textures que peut se juger la qualité graphique de l’animation. Ici, on atteint un degré de « réalisme » hallucinant, que ce soit sur le pelage des bébêtes ou sur le rendu du vent polaire. La gradation dans la découverte des animaux de la banquise (du plus petit au plus grand, jusqu’à l’espèce humaine) ménage un émerveillement graduel. L’animation est elle aussi démente, d’une fluidité hallucinante même dans les moments où tout s’accélère : j’en veux pour preuve les différentes courses-poursuites qui ponctuent le film… Et que dire des passages musicaux et des chorégraphies d’une poésie cinématographique indéniable ? La bande originale est excellente et le groove des pingouins est à hurler de rire ! Bref, un super moment, drôle, joyeux, émouvant et qui enfonce à plat de couture le bien fade Age de glace 2 pour se constituer en nouvelle référence du genre…

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