La forteresse cachée (1958)

‘Akira Kurosawa. A mi chemin ente récit épique et histoire picaresque, La forteresse cachée s’ancre dans la réalité clanique du Japon médiéval et s’inscrit de manière détournée dans le genre du chambara.

La jeune princesse et la forteresse cachée

L’histoire est celle d’une jeune princesse en fuite, seule héritière du clan Akizuki, qui va tenter de rejoindre sa terre et d’y ramener un trésor dissimulé dans des fagots de bois. Elle sera aidée pour cela de deux paysans et d’un célèbre général… Le film doit sa renommée actuelle au fait qu’il a servi d’influence majeure à Georges Lucas pour sa Guerre des étoiles. Vous retrouverez d’ailleurs énormément de points communs entre les deux films: la princesse en fuite, les deux paysans qui servirent de modèles à C3PO et RD2, la scène d’ouverture qui est quasiment celle du premier volet de la première trilogie mais également une manière parfois similaire de lier les plans entre eux… La forteresse cachée est en quelque sorte le précurseur des mélanges de genres et des personnages typés qui feront la fortune (au sens propre comme au sens littéral!) de Lucas. Ainsi, nous retrouvons le héros traditionnel du chambara en la personne du général (le génial Mifune), maître de guerre et des armes qui tranche avec les deux paysans, personnages entièrement burlesques et autorisant la présence de multiples scènes comiques, ils sont les contrepoints à l’héroîsme du général et ne le suivent d’ailleurs qu’en raison de leur attirance pour l’or. En ce sens le moteur narratif héroïque rencontre le moteur narratif comique de la chasse à l’or. De même, et c’est assez rare pour le noter, Kurosawa dessine ici une figure féminine positive et active : la princesse semble la dépositaire de l’honneur et des valeurs de son clan…

Une force visuelle époustouflante de La forteresse cachée

Le nombre de scènes d’action est assez réduite et laisse place à une narration du mouvement, rendant hommage à l’aspect tacticien du général. Le film est avant tout exploration et parcours d’une topographie (il a été tourné sur le mont Fuji) : tout l’enjeu est de passer d’un espace ennemi à un espace ami en conservant tout le butin. Chaque mouvement est donc en soi un choix qui décide du destin du clan et du mini groupe. De cet aspect du film découle alors un rôle accru de l’inscription des personnages et de l’action dans l’espace naturel. Pour la première fois, Kurosawa expérimente (et avec quelle réussite!) le format scope et exploite toutes les ressources qu’il lui offre. Plus que jamais, c’est le cadre qui crée l’espace, qui le met en ordre, Kurosawa joue à fond sur sa largeur et son exploitation, livrant des plans de toute beauté. La force visuelle du film est assez époustouflante et l’art de la composition de Kurosawa n’a jamais été aussi éclatant… Tout y est affaire de rapports, de proportions et de répartitions. C’est pourquoi les scènes de foule ou de masse sont les plus réussies et font la plus forte impression…

Avec son arrière plan alchimique (le feu est très présent dans la seconde partie ; de même, l’or est dans le bois et c’est par le feu qu’il apparaîtra tout entier), sa force symbolique (initiation à la vie, aux valeurs héroïques, aux responsabilités politiques), La forteresse cachée ne se réduit pas au pur divertissement. Quoi qu’il en soit, Kurosawa prouve une nouvelle fois avec ce film sa capacité à s’inscrire avec réussite dans un cinéma de genre grand public, ce qui tend à confirmer, si besoin en était, que les films à gros budgets, lorsqu’ils sont confiés à de grands réalisateurs, ne sont jamais dénués d’intérêt! Akira Kurosawa, ou l’art de ne pas choisir entre les étiquettes du cinéma d’auteur et du cinéma grand public… Certains devraient en prendre de la graine!

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