Le film Mongol de Sergei Bodrov

A la fin du XIIème siècle, Témoudjin, neuf ans, suit son père, le Khan (le seigneur d’une tribu) pour un voyage à travers les steppes du royaume de Tangut. Ils se rendent sur les terres de la tribu des Merkit pour que Témoudjin puisse y choisir sa future épouse. Sur le chemin ils rencontrent une tribu alliée avec laquelle ils célèbrent leur amitié. Malgré les réticences de son père, Témoudjin choisit l’une des jeunes filles de la tribu, prénommée Borte, pour qu’elle devienne la mère de ses futurs enfants. De retour du périple, le père se fait assassiner et Targutai, l’un des sujets proches du Khan, usurpe la place de Témoudjin puis le fait prisonnier. Après de longues années en captivité, l’enfant est devenu un homme. Un jour il échappe à la vigilance de ses geôliers et recouvre la liberté. Ici commence l’histoire de l’homme que l’on appellera Gengis Khan, le seigneur de l’univers.

Mongol le Film

Fresque épique tournée dans les régions reculées de la Chine, de la Mongolie et du Kazakhstan, le casting du film fait lui aussi appel à de nombreux acteurs d’origines diverses. Les cascades équestres sont exécutées par des cascadeurs Kazakhs et Kirghizs, et les rôles principaux sont tenus par le japonais Tadanobu Asano, acteur déjà rompu aux tournages étrangers avec notamment Away with words (1999) de Christopher Doyle, Last life in the universe (2003) et Vagues invisibles (2006) du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang, dans le rôle du Grand Khan, et le chinois Sun Hong Ley, que l’on a pu voir récemment dans Seven swords de Tsui Hark (2005) et dans Triangle du trio Johnny To, Ringo Lam et Tsui Hark (2007), dans le rôle du frère ennemi Jamukha.

Le scénario du film, retravaillé par Sergei Bodrov et Arif Aliyev, déjà collaborateurs sur Le prisonnier du Caucase en 1996, reprend en grande partie le long poème mongol écrit peu après la mort de Genghis Khan en 1227 “l’histoire secrète des Mongols”. Le récit s’attarde ici sur l’enfance et la jeunesse de celui qui deviendra l’unificateur de la Mongolie, et tout particulièrement sur l’amour profond que celui-ci porte à sa femme Borte, union fondée sur la fidélité et le respect. Borte symbolise en quelque sorte le côté souverain, paternel et protecteur du Grand Khan alors que le personnage de Jamukha, le frère de sang qui devient son plus grand rival, en serait plutôt le côté sombre, la dimension guerrière, conquérante et sans pitié.Le film joue d’ailleurs sur une profonde symbolique chamanique héritée de pratiques anciennes du monde des steppes. L’émergence des figures du loup et du faucon, s’allie à celle, très impressionnante mais quelque fois caricaturale, du tonnerre et des éclairs, éléments naturels qui font flancher les guerriers sanguinaires pris alors d’une peur primaire face à la colère du ciel. S’il faut souligner la qualité de jeu des comédiens, et la qualité technique générale du film, une photographie techniquement parfaite, des costumes originaux et des décors dépaysants, la production manque d’un véritable sens épique à la hauteur du mythe mongol. Tiraillé entre la volonté d’incarner la figure humaine du personnage et son pendant héroïque, mythologique et légendaire, le film n’arrive pas à échapper à l’entre-deux. Les scènes paisibles de la vie de famille, représentant le Khan en père modèle, alternant brusquement avec des séquences de champ bataille où celui-ci se porte à la tête de centaines de milliers d’hommes, l’ellipse nécessaire à la narration laisse le spectateur sur sa faim.