ENTRETIEN AVEC LIU YE

À 29 ans, Liu Ye est considéré comme le meilleur acteur chinois de sa génération. Dans Blood Brothers, le prodige met une fois de plus tout le monde d’accord. Violent, ravagé par la quête du pouvoir, Liu Ye bascule vers le côté obscur de la force. Entretien féroce avec l’un des futurs cadors du septième art.

Je tiens à remercier Li Xin pour la traduction et bien entendu A.M. (elle se reconnaîtra) pour sa gentillesse, sa disponibilité, ses superbes portraits (le livre est splendide!) et on vous souhaite que du bonheur !!!

 

Quelles ont été tes inspirations pour ton rôle de grand frère assoiffé de pouvoir dans Blood Brothers ?

Je n’avais aucune expérience de ce style de rôle auparavant. C’est un tournant pour moi, car on ne me proposait que des rôles de gentilhomme, compatissant pour son prochain, toujours de bonne humeur, un mot : l’homme idéal. Pour préparer ce film, je me suis référé à de nombreux personnages comme celui de Tony Montana dans Scarface. C’est également avec Al Pacino dans le Parrain des rôles qui ne misent pas sur un physique de gueule cassée, mais sur une incarnation prodigieuse de la violence. C’est l’acteur qui donne tout son sens à ces coups de sang effroyables. Cette nervosité, cette folie dont on ne sait jamais ce qu’elle va donner, c’est vraiment ce que j’ai voulu incarné à l’écran. Comme je ne ressemble pas à mon rôle,le travail d’interprétation a été des plus enrichissants.

Est-ce que c’est toi-même qui t’es présenté pour jouer ce rôle ou est-ce le réalisateur qui a décelé ce potentiel obscur ?

J’ai discuté plus d’un mois sur la manière d’interpréter ce rôle avec Alexi Tan, et nous en avons conclu qu’il m’était possible d’endosser le rôle de ce frère protecteur, qui avec le temps, devient le salaud de l’histoire. Je me suis imposé à lui et n’ai pas laissé la chance à d’autres acteurs de l’incarner. Ce personnage, je le voulais, car il était vraiment différent de ce que j’avais interprété auparavant.

Dans Blood Brothers, tu exécutes froidement tes ennemis, jusqu’à prendre le pouvoir de tes mains, par le sang. Comment t’es-tu préparé à cela ? Assassiner est-il si facile que ça au cinéma ?

C’est vrai que les scènes de meurtres sont glaciales, mais c’est pour mieux refléter le renversement psychologique de mon personnage qui outrepasse la morale qu’il s’était imposée et tombe dans la violence pour ne plus jamais en sortir. La scène la plus difficile fut celle avec Sun Hong-lei (le Boss Hong) qui est un ami dans la vie et il fallut plusieurs essais pour arriver au geste parfait, d’autant que l’arme du crime est des plus originales !

Justement sur la psychologie de ton personnage, peux-tu nous en dire plus ? Il change du tout au tout entre le début et la fin du film…

Au début du film, Da Gang, mon personnage, ne prévoit pas qu’un cruel destin l’attend au carrefour de sa vie. Issu de la campagne, ses perspectives sont limitées. Mais avec l’amitié de ses « frères », il décide d’aller à la ville pour y vivre mieux et développe alors son regard sur la société, mais perd le chemin de la morale qu’il avait forgée avec ses compagnons de route. Les sentiments amicaux et familiaux disparaissent ainsi face à son appétence pour le pouvoir, et parce qu’il désire plus que tout mener la belle vie, que dis-je, la grande vie, celle que les grands parrains de Shanghai peuvent s’offrir.

Quel a été ton regard sur ce film, une fois tourné ?

C’est l’un des premiers films réalistes sur la mafia chinoise de la période dorée de Shanghai. Je crois qu’il ouvre une brèche sur un genre encore inexploité, et s’il en devient une référence, j’en serais très heureux. De mon côté, je suis satisfait du personnage, de son animalité, de la violence qui brûle dans son regard.

Mais ne penses-tu pas que ce parterre de stars présent au casting a desservi le développement de chaque personnage et donc du tien ?

Tu sais, aujourd’hui pour de telles productions et de tels investissements, associer tant d’acteurs remarquables à un long métrage est une condition sine qua non. C’est inévitable et en même temps ce n’est que du plaisir, car on partage l’affiche avec d’autres acteurs qui enrichissent votre jeu et vous pousse à vous dépasser à chaque instant. C’est une addition que l’on peut prendre comme une saine concurrence.

Avec Blood Brothers, tu marques une étape importante dans ta carrière en endossant un rôle que tu n’avais jamais joué. Quel est celui qui manque encore à ton panel et que tu souhaiterais incarner ?

Je voudrais bien qu’on me propose des rôles dans de vraies comédies à la chinoise. Mais l’un de mes grands rêves serait d’endosser le rôle d’un handicapé mental, ou dans un style immoral, quelqu’un de vraiment dérangé.

Tu joues encore dans de nombreuses séries chinoises. Est-ce une étape indispensable dans la carrière d’un acteur ?

Oui, c’est réellement indispensable. Le marché et la qualité des séries chinoises se sont développés à une vitesse fulgurante ces dernières années. De plus, la télévision est le « loisir » le plus répandu en Chine. Donc pour se faire connaître, c’est une étape essentielle. Et cerise sur le gâteau, c’est un travail un peu différent du cinéma, très enrichissant pour mon capital expérience.

Au fait, tu ne serais pas un peu français ? Allez vas y dis nous tout ….

Touché ! Oui, ma chère et tendre est française, j’ai donc une affinité particulière pour ce pays. Je reste un inconditionnel de la culture française et me rappelle encore lorsque j’étais à l’université tous les films français et la cuisine française dont je me suis régalé.
J’ai déjà participé déjà trois fois au Festival de Cannes et compte bien passer plus de temps dans l’Hexagone !

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