Enfermés dehors (avril 2006, vient de sortir en DVD)

Retour à la réalisation d’Albert Dupontel avec cette comédie burlesque et cartoonesque (le mariage en partie réussi de Buster Keaton et Tex Avery) au rythme endiablé et à l’esthétique très bandes dessinées.

Enfermés dehors, une revanche des petits

L’histoire se résume en une ligne et donne quelques clés de compréhension : un SDF trouve et enfile l’uniforme d’un policier. Le film s’inscrit dans un registre carnavalesque où les rapports et hiérarchies sont perturbés, renversés : le clochard, souvent perçu comme l’individu à la limite de la légalité, se retrouve à incarner la justice, la légalité républicaine. Tout s’articule autour de la multiplication de ces renversements de perspectives : la France d’en bas (la communauté SDF) va rencontrer la France d’en haut (les banques, les holdings financières), va la juger ; la légalité républicaine, au service des puissants et des menteurs, va céder la place à une loi beaucoup plus morale, portée par les valeurs et les conditions de vie des SDF. Enfermés dehors se présente comme la revanche des petits et de ceux qui demeurent en marge de la société de par leur isolement spatial (le premier mouvement de caméra est programmatique : la caméra passe de la surface urbaine à la profondeur des bas fonds, le film prendra dés lors ce point de vue) et leur non insertion au monde économique. Ainsi, revient en mémoire les souvenirs de Robin des Bois et de tous les vengeurs des petites gens…

L’esthétique du film traduit une hargne à dénoncer cette division sociale, facilitée par les lois républicaines qui ne feraient qu’aggraver les clichés et les conditions de cette marginalité. Le talent visuel d’Albert Dupontel ne fait aucun doute : angles de vue impossibles, distorsion des focales, montage nerveux, surdécoupage des séquences… Le plaisir à filmer, à créer est communicatif tandis que la variété des ressorts comiques fonctionne plutôt bien malgré un essoufflement dans le dernier tiers.

Agréable à regarder, décalé, critique, Enfermés dehors ravit pour son fond comme pour ses partis pris visuels. Evidemment, la trame et la progression narratives sont assez chaotiques mais il y a quand même un vent de liberté qui fait bien plaisir !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *