Election (janvier 2007)

Déjà réalisateur des excellents Breaking News et PTU, Johnnie To confirme son statut de cinéaste asiatique majeur avec Election, premier volet d’un doublon consacré aux Triades hongkongaises. Le titre renvoie au processus de désignation d’un nouveau chef de la Triade la plus ancienne et la plus importante de HongKong. Le titre ne manque pas d’ironie si l’on considère l’annexion récente de Hongkong à la Chine. On comprendra également à al vue de ce premier volet que ce titre ne peut qu’apparaître satirique au regard du déroulement des votes…

Election est une étude historique

Une nouvelle fois, l’ancrage dans un genre est l’occasion pour To d’en renouveler le contenu et d’en déplacer l’enjeu. Ici, le traitement réaliste de la vie des Triades (voire la photographie du film ainsi que le travail de documentation qu’évoque To dans de nombreux interviews) marque la première rupture avec un traitement plus mythologique du sujet (il est intéressant de confronter sa démarche avec celle d’un Scorsese ou d’un John Woo). Election est bien plus une étude historique de l’évolution des Triades, évolution corrélée au destin chinois et hongkongais. Le point problématique qui me semble donner la clé de compréhension et d’approche de l’ensemble se rapporte à l’opposition de l’ancien et du moderne, des valeurs traditionnelles et de la réalité qu’impose la modernité aux Triades. Le film s’ouvre sur une cérémonie rituelle qui sera reprise dans sa dernière partie. Le réalisateur nous invite d’emblée à confronter cet héritage à la réalité du fonctionnement des Triades et force est de constater que cet héritage n’existe plus que sous forme de spectacle ou de répliques figées qui n’ont plus aucune incidence sur la vie intérieure de cette société secrète. Ici, la cupidité et l’ambition sont les causes premières de l’effondrement du caractère régulateur de l’héritage traditionnel (symbolisé dans le film par l’oncle Teng) qui n’est plus qu’un apparat susceptible de servir d’alibi s’il le faut… En cela, la thématique n’a rien d’original : soit la perversion que le pouvoir impose aux valeurs fondamentales.

La trahison finale, le masque tombe dans Election

Deux archétypes apparemment opposés se disputent le pouvoir. D’un côté, Lok apparaît comme soucieux des traditions, respectueux des règles et des valeurs fondatrices des Triades. Pourtant, sa discrétion, l’intériorisation maximale des ses réaction en font un être difficilement saisissable. C’est là le principe même d’avancer en cachant ses intentions. De l’autre côté, nous avons Big D. (on remarque que le nom est ici surnom….), incarnation archétypal du voyou, excessif, violent, impulsif qui n’hésite pas à bafouer ouvertement la traditions et le code d’honneur des Triades. Or, le film travaille à réunir ses personnages en une seule et même figure et Lok finit par adopter les méthodes et les moyens de son concurrent. La trahison finale appelle ainsi une relecture complète de son trajet. Le final se passe dans une montagne peuplé de singes : le symbole est clair, le primitif, l’élémentaire sommeille en chaque homme de la Triade et la violence les unit bien plus qu’un code de valeurs désormais périmé… Le masque tombe et le regard que porte le fils sur le père en dit long sur la teneur du jeu de dupes mené par Lok. Election ne s’arrête pas à la simple étude sociologique d’une triade. Toutes les activités des Triades se passent dans l’ombre ou durant la nuit (ce qui explique qu’elles ne voient que très rarement le jour et que la lumière du film soit si sombre) mais elles ne se font pas en dehors des autorités locales. Le film porte un discours assez subversif sur le lien de l’Etat (des autorités chinoises) et des Triades : la Police n’a pas pour but de les démanteler mais bien plutôt d’assurer un équilibre, c’est-à-dire de pérenniser un système de domination qui maintient l’économie et le peuple sous tutelle. On se demande dés lors qui manipule qui…

J’ai beaucoup apprécié ce film, même si, par moments, j’avais du mal à bien cerner les circonvolutions de l’intrigue. Le traitement de la violence est aussi très intéressant : elle est assez clairsemée et contraste d’autant plus avec le quotidien et les intrigues politiques qui sont le sujet même du film. La mise en scène est évidemment brillante, parfois maniériste. Excellent. Vivement le second volet, bientôt à l’affiche de l’abc Toulouse.

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