Dark Star ou Dark Star – L’étoile noire de John Carpenter

Né d’un père musicien qui lui transmettra sa passion et son talent pour la musique, John Carpenter se tourne très vite, dès l’âge de 8ans, vers la science-fiction (après avoir vu It come from the other space de Jack Arnold au cinéma). Prenant alors conscience du métier de réalisateur, il commence, avec la Super 8 de son père, à tourner des petits courts-métrages aux titres évocateurs tel que Revenge of the Colossal BeastsSorcerer from Outer Space.

L’histoire du film Dark Star

Synopsis : Dans le futur, le vaisseau éclaireur Dark Star a pour mission de faire le tri entre les planètes habitables et celles instables, dont l’orbite risque de dévier et de déclencher des supernovas. Depuis vingt ans que l’équipage exerce cette activité, l’ennui est le seul maître à bord. Mais lorsque le vaisseau se trouve confronté à un tourbillon électromagnétique, l’ordinateur de bord et la bombe n°20 se détraquent…

A l’âge de 20 ans, alors qu’il commence à percer avec son groupe de musique, il décide de s’inscrire au département cinéma de l’University of South California (USC) reconnue à l’époque comme étant la meilleure université de cinéma au monde. Durant son cursus, il a la chance d’assister à des cours menés par des professionnels tels qu’Alfred Hitchcock, John Ford ou Roman Polanski… Outre la Science-Fiction, Carpenter voue un culte au Western et à Howard Hawks. En vénération à cela, il co-réalisera en 1970, The resurrection of Bronco Billy, qui obtient l’Oscar du Meilleur court métrage. Et tout au long de sa carrière il rendra de nombreux hommages au Western et à sa mythologie (AssautGhost of Mars, etc.). Toutefois, au terme de son cursus, il revient à ses premières amours avec son projet de fin d’études : Electric Dutchman, qui deviendra rapidement (grâce à ses collaborateurs acteurs et scénaristes Nick Castle et Dan O’Bannon), le long métrage que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Dark Star, sorti sur les écrans en 1974.

John Carpenter  ou le réalisateur Fantastique de renom

Carpenter est aujourd’hui l’un des réalisateurs fantastiques les plus adulés de l’histoire du cinéma américain. On ne lis plus alors les critiques, articles et autres ouvrages analytiques (on vous conseille d’ailleurs le brillant livre de Jean-Baptiste Thoret : Mythes et masques : les fantômes de John Carpenter). Du coup, il est donc aujourd’hui bien difficile d’écrire quelque chose d’original sur Carpenter. Heureusement, Dark Star, son premier film pour le moins méconnu en France, sort enfin en vidéo (DVD et Blu-ray) en France grâce à Carlotta Films et à sa magnifique édition remastérisée. L’occasion pour nous comme pour de nombreux cinéphiles de replonger dans l’œuvre du réalisateur de The Thing et de fouiller, tel des archéologues, à la recherche des fondations d’un style riche et d’une œuvre protéiforme. Ce long-métrage, c’est en partie à l’université que le cinéaste l’a produit, en étroite collaboration avec son ami, le tout aussi brillant et regretté Dan O’ Bannon.

Pensé au départ comme un film de fin d’étude, Dark Star a vécu une création très particulière, longue et laborieuse (près de quatre ans sépare le début du tournage à L’UCLA de sa sortie en salle). Nécessairement, le film connaîtra plusieurs versions, la durée du film ainsi que le script évoluant sans cesse. Pour autant, quelle que soit la version, le film de Carpenter et O’Bannon narre toujours l’inexorable ennuie d’une poignée de travailleurs de l’espace arpentant le vide intersidéral afin de préparer l’univers à la colonisation humaine.

Ce qui n’empèche pas qu’entre la version initiale d’une durée approximative de 50 minutes à celle proposée en salle dépassant, elle, les 80 minutes, de nombreuses choses se sont ajoutés comme un Alien en forme de ballon de plage, une séquence tendue dans un ascenseur et même une discussion phénoménologique entre le commandant de bord et une bombe récalcitrante. Et oui, parce qu’après son expérience désastreuse sur Bronco Billy, (l’université s’était approprié l’Oscar décerné à Carpenter et à son équipe), les deux amis décidèrent de ne pas céder à la pression de leur Université et de quitter en douce les locaux avec les bobines pour aller voir Jack Harris (Danger Planétaire) qui leur confia la modique somme de 60 000 dollars pour transformer ce moyen métrage d’étudiant en production destinée aux salles obscures (booster le film en 35 mm, amener la durée à 80 minutes minimum et surtout soigner les effets spéciaux). Notre petite histoire s’arrête là, le documentaire proposé sur les galettes DVD et Blu-ray, d’une durée approximative de deux heures, revient précisément sur toutes les étapes de la création du film, inutile donc d’en remettre une couche. Heureusement pour nous, contrairement à ce que beaucoup semble aujourd’hui penser, le film de Carpenter et O ‘Bannon, ne vaut pas seulement pour l’histoire de son développement, ou encore l’impact qu’il aura sur les films de S-F modernes, non il vaut le coup d’être vu et analysé parce qu’il est un véritable laboratoire d’expérimentations, toutes plus incroyables et hilarantes les unes que les autres, mais aussi et surtout parce qu’il est un grand film de son temps.

Des références à de nombreux films Scifi

On lit depuis quelques jours maintenant, un peu partout que Dark Star puise son inspiration chez Kubrick et notamment dans 2001, L’Odyssée de l’espace, ou encore Docteur Folamour. Le premier pour sa représentation psychédélique des voyages spatiaux et du quotidien pour le moins ennuyeux des astronautes, quant au deuxième c’est pour son cynisme et ses critiques virulentes de la société. C’est peut-être vrai, ça l’est sûrement même tant les œuvres de Kubrick se sont montrées avant-gardistes et ont influencées nombres de cinéastes que ce soit dans le fond, la forme, mais aussi pour son rapport avec les studios. Rendons à César ce qui est à César. Toutefois, limiter le film à ce mélange de genres, à ces influences, auxquels se greffes soit disant quelques effets « cheaps » serait tout aussi injuste, même pour un premier film dont l’élaboration a été aussi laborieuse que Dark Star et relève plus de l’accroche publicitaire que de l’analyse critique.

La vérité, c’est qu’en dépit de sa genèse difficile et ses effets de bric et de broc, le film fonctionne encore du tonnerre, arbore des effets encore crédible, même aujourd’hui à l’ère du numérique, révèle une mise en scène des plus efficace et un script étiré qui sert étonnamment bien son ambiance et le ton recherché par les deux auteurs. Réalisé en plein cœur des années 1970 par des jeunes épousant l’idéologie hippie tout à fait dans l’ère du temps, Dark Star s’articule autour d’une attente, d’un ennui et d’une absurdité, typiques des productions de l’époque. Produit de 1970 à 1974, date à laquelle la version de 80 minutes sort en salles, Dark Star est en effet, comme de nombreuses autres productions, le miroir d’une période difficile de l’histoire américaine. Accablé par la guerre du Vietnam, le pays ne croit plus en rien, les valeurs de l’ancienne Amérique (culte du héros, l’american way of life, le drapeau, etc.) se perdent, de nombreuses œuvres le reflètent d’ailleurs et témoigne de cette conscience hippie, de cette volonté de la jeunesse américaine de l’époque de ne rien faire, de laisser de côté le carriérisme capitaliste et de se complaire dans l’ennuie.

Silent RunningLe PrivéeJohn and MaryM.A.S.H, autant de film qui reflète ce mouvement et témoigne du cynisme et de l’absurdité qui envahit peu à peu le pays. Parfaitement dans l’ère du temps et aussi important dans l’étude de cette période, Dark Star met lui aussi en scène des personnages qui ne répondent plus du tout aux standards héroïques, leurs seuls actes de bravoures étant déconstruits par le script (affrontement contre un ballon de plage géant, sacrifice avec une planche de surf, etc.), mais aussi ce même attrait pour l’absurde avec ses longues séquences de dialogues insensés dans les quartiers de l’équipage, ses personnages (humains barbus et déprimé, bombes qui parle, l’alien en forme de ballon de plage, etc.), ses choix de décors. D’ailleurs, les rares fois où les auteurs ont été interrogés sur le film, ils avouent avoir cherché à reproduire la pièce de Beckett, En attendant Godot, mais dans l’espace. L’objectif de leur personnage est vague et n’a aucune limite ni conséquence véritable, leur quotidien est absurde, comme dans la pièce de Beckett.

Mais, Dark Star, c’est évidemment un incroyable bouillon d’expérimentations pour les deux cinéastes/scénaristes en devenir qui sont sur le point de créer quelques grands chefs d’œuvres du cinéma fantastique. D’un côté la mise en scène déjà virtuose de Carpenter qui, avec maestria, pose le contexte et les personnages (superbe travelling arrière) et installe une tension incroyable lors de la séquence de l’alien et de l’ascenseur grâce à son découpage incisif et ses cadrages inquiétants. De l’autre, le décalage, le grotesque même propre à l’écriture de Dan O’Bannon (Le Retour des morts-vivants) et son amour pour les monstres (AlienPlanète Hurlante, etc.) et les personnages décalés comme on peut le voir dans le génial Total Recall de Paul Verhoeven.

Brouillé depuis le tournage de ce premier film, les deux auteurs n’ont plus jamais collaboré et ne se sont même plus jamais adressé la parole, prenant des directions et des carrières complétement différentes. Toujours est-il que de cette expérience commune ressort un film intéressant à plus d’un titre et terriblement attachant, Dark Star.

Technique pour le film de John :

Image : Les deux montages du film, présentés sur la galette Blu-ray que nous avons eu la chance de tester, nous sont présentés dans un Master absolument bluffant en 1080p. Tourné en 16mm et gonflé en 35mm, le film de Carpenter et O’Bannon s’offre une copie quasi-parfaite (quelques plans manque de finesse). Passé au réducteur de bruit et nettoyé, le film s’offre une deuxième jeunesse tout en conservant un léger grain qui garde en mémoire la difficile gestation du film et son identité.

Son : Pour les nostalgiques Le Blu-ray propose la V.F et la V.O d’époque en Mono. Les deux pistes sont convenables, malgré le mauvais équilibre entre la musique de Carpenter, les dialogues et l’environnement sonore. On préférera donc la troisième piste de la galette, le nouveau mixage remastérisé de la V.O en DTS-HD 5.1. Beaucoup plus dynamique, il donne toute son ampleur à l’ambiance décalé du film, à ses bruitages hilarants, sans oublier au score déjà typique de Carpenter.

Interactivités du film Dark Star:

 Le gros plus des deux galettes DVD et Blu-ray de Dark Star, c’est le long documentaire proposé par Carlotta sur la création du film. Sur près de deux heures, Let There Be Light : The Odyssey of Dark Star enchaîne les témoignages de toute l’équipe de production du film, de Jack Harris, à Tommy Lee Wallace, en passant par la femme de Dan O’Bannon qui les uns après les autres se remémorent l’incroyable aventure de Dark Star. Les anecdotes amusantes sont ici légion et on prend conscience de la quantité de travail hallucinante fourni par toute l’équipe. Malheureusement, on ne retrouve dans ce documentaire ni Carpenter, ni Dan O’Bannon. Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai, le scénariste d’Alienapparaît ici grâce à la dernière interview réalisée avant sa mort. Quant à Carpenter, il a refusé de participer au documentaire, le réalisateur gardant un mauvais souvenir du tournage du film. Il faudra donc se contenter d’un témoignage audio réalisé quelques temps plus tôt. Pour autant, le documentaire reste passionnant et un témoignage indispensable de la passion de toute une équipe. Tout est dit.

Dark Star de John Carpenter disponible en Blu-Ray et DVD le 22 Janvier 2014 avec Carlotta Films.

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