Cure (novembre 1999)

Ça commence comme un thriller à la Seven, meurtres particulièrement gore avec marque reconnaissable et récurrente. L’inspecteur Takabe est chargé de l’enquête et se retrouve confronté à des criminels qui n’ont aucun souvenir des meurtres commis et de leur motivation… Le mystère s’épaissit jusqu’à l’arrêt de Mamiya, jeune homme étrange amnésique et doué du don d’hypnose…

Cure, enquête et hypnose

C’est sans aucun doute Cure qui valut la reconnaissance internationale de Kiyoshi Kurosawa, réalisateur spécialisé dans l’étrange et le fantastique qui, après quelques chefs d’œuvre (CharismaKaïro), a profondément déçu avec l’inénarrable Loft. Ici, le thriller fournit un cadre progressivement subverti par l’apparition du fantastique et par le déplacement de la problématique du coupable à celle de l’énigme psychologique que constitue Mamiya. L’une des spécificités du cinéma de Kurosawa est de limiter le monstrueux (qui n’existe quasiment pas ici), le grandiloquent pour privilégier une atmosphère étouffante construite par une composition extrême du cadre, par une succession de travellings lents et angoissants où de la tension naît le sentiment du mystère et de l’énigme. Une seule séquence pourrait résumer cet extraordinaire travail d’orfèvre : lorsque Takabe cherche à percer le secret de Mamiya, la cellule de ce dernier est ordonnée géométriquement, par l’espace des murs mais surtout par l’opposition d’une lumière froide, bleutée et d’une lumière chaude, orangée. Ainsi, le changement de positions des deux personnages traduit la labilité des frontières qui les séparent : Takabe rentre dans l’espace de Mamiya et vice versa, nous devinons alors que la problématique de la propagation virale du Mal est déjà en place… Le Mal, tel est l’objet même du film : les coupables ne sont en fait que des innocents manipulés mais justement comment ont-ils pu être manipulés ? Ne le sont-ils pas parce que Mamiya sait utiliser leur mémoire, leur Moi pour leur faire exprimer par la violence, leurs frustrations ? Le Mal n’est ainsi pas qu’une forme, une menace extérieures mais constitue également une réalité intérieure, sans doute plus effrayante parce qu’il est impossible de ne pas s’y confronter.

Film hypnotique et fascinant

La question du Mal, de l’étrange est toujours chez Kurosawa la porte d’entrée vers une problématique plus sociale. Le Japon dépeint ici semble au cœur d’un malaise social : c’est l’inspecteur et sa femme qui lui est un fardeau, c’est le policier qui tue son coéquipier par frustration, c’est la doctoresse qui n’a pas la carrière qu’elle aurait voulue. Mamiya n’est que le catalyseur de ce malaise, qu’une manière de l’exprimer par et dans la violence. De même, dans le Japon moderne perdure le goût de l’étrange, de l’archaïque, de l’occulte (d’où la surreprésentation de la référence à Mesmer) comme si la modernité n’apportait pas la réponse à des interrogations plus fondamentales (Qui suis-je réellement ? De quoi suis-je constituer ? Qu’est-ce qui me constitue ?), comme si elle ne pouvait résoudre des problématiques proprement existentielles.

L’entrelacement des genres, des préoccupations explique sans nul doute la richesse de Cure, film hypnotique, fascinant qui vous fait toucher du doigt le mystère sans s’attacher à le résoudre pleinement. Un thriller de tout premier ordre servi par une mise en scène brillante et maîtrisée. Un film d’auteur coulé dans le moule du genre.

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