La critique du film Le parfum

Le fait d’avoir achevé le roman la veille au soir me permit de regarder le film en en conservant un souvenir assez frais pour mesurer ce qui lie ou sépare l’œuvre de son illustration. Finalement, le principal reproche que l’on fera au film réside justement dans son incapacité à dépasser le simple stade de la transposition d’un médium à un autre.

Le film le Parfum

Ce sentiment est d’autant plus fort que la réalisation est léchée et s’articule à un travail documentaire précis sur les décors, habillements et autres modes de vie du XVIIIème siècle : la photographie est superbe tout comme la composition des plans qui lorgne ouvertement vers la référence picturale. Malheureusement, cet enrobage cache assez mal un traitement superficiel de l’œuvre par un réalisateur qui ne fait que dérouler le contenu narratif sans développer les contenus thématiques du livre. Ainsi la voix off est-elle parfaitement révélatrice de cette disposition : elle n’est employée que comme impulsion narrative (ouvrir le récit par exemple) ou comme béquille, lorsque le réalisateur veut expliciter le passage d’une étape à une autre. De même, elle est souvent redondante par rapport à ce qui est montré et ne permet jamais de dialectiser le rapport entre le dit et le représenté. Ceci explique que son utilisation semble se faire au petit bonheur la chance, tout comme elle ne donne jamais l’impression d’apporter quelque chose au propos.

De Jean-Baptiste Grenouille, le réalisateur ne garde que l’énigme (à juste titre), mais le parti-pris du mutisme empêche l’exploration des motivations du personnage (haine des autres, du monde, conjugué à un besoin paradoxal d’être aimé) à tel point que la scène de l’exécution, où le démon devient ange et se pare d’une fonction volontiers messianique, si elle reste efficace sur un plan visuel, ne révèle aucune profondeur, ne sanctionne pas un parcours ou une aventure existentielle mais se contente juste d’apporter une solution à l’énigme que constituait l’assassinat d’une vingtaine de jeunes filles. C’est, me semble-t-il, cette absence d’aspérité, de complexité qui fait le défaut du film. J’aurais par exemple apprécié que la noirceur amorale et asociale de Grenouille soit plus ou mieux mise en valeur, que le sordide soit plus extricablement lié au sublime… Quand à la thématique des odeurs, si difficile à mettre en images (comment exprimer une essence, c’est aussi la problématique du cinéaste), elle est traitée par un choix de mouvements de caméras ou de ralentis, par la profusion de couleurs censées en traduire toute la diversité. Le pari était difficile, on ne s’attardera donc pas dessus, si ce n’est pour souligner que le cinéaste semblait plus à l’aise pour représenter les odeurs quotidiennes et sordides que la richesse des parfums de Grenouille.

Ce Parfum-là se laisse néanmoins regarder. Adaptation littérale, il n’exprime pas la moindre trace d’un point de vue (sur le roman, le monde, le personnage) et se contente d’illustrer sagement le livre de Suskind… Entre le roman et le film, à vous de choisir…

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