La critique du film Disco de Fabien Onteniente

On l’a quitté voilà deux ans en Patrick Chirac dans Camping. On le retrouve en Didier Lateigne, nom de scène Travolta, dans Disco. Partant du principe selon lequel on ne change pas une équipe qui gagne, l’ex-jeune premier d’À nous les garçons ! et le réalisateur de Jet Set persistent et signent une comédie qu’on croirait conçue par l’ordinateur d’une entreprise de marketing.

Le film Disco

Notre héros est donc un quadra has been (ou plutôt… has never been) qui vit avec sa maman dans la ville haute du Havre, entouré de voisins auprès desquels il a contracté de lourdes dettes après leur avoir vendu des Water Beds jamais livrés par le fabricant. Seul rayon de soleil dans l’eau froide de sa vie : le fils qu’il a eu d’une Anglaise, mais que celle-ci ne laissera venir pour les vacances qu’à condition qu’il lui offre un lieu de villégiature digne de ce nom. Son horizon s’éclaircit quand un animateur de boîte de nuit lui propose de participer à un concours de danse dont le premier prix est un voyage de rêve aux antipodes. Mais il lui faut pour cela convaincre deux copains avec qui il formait à l’époque disco les Bee Kings : or l’un d’eux est vendeur dans un magasin d’électroménager et l’autre délégué syndical des dockers.

Leur inspiration (façon de parler), Dubosc et Onteniente sont allés la chercher du côté de Camping, évidemment, tout en jouant sur le retour en vogue du disco qui leur permet d’imprimer du rythme aux scènes qui en manquent (ce n’est pas ce qui manque !), à grands renforts de tubes signés Boney M ou Donna Summer, histoire d’assurer une visibilité maximum à la bande originale, histoire de grossir la cagnotte des produits dérivés. Résultat, ce film dépourvu d’invention et mis en scène avec les pieds (jusqu’au nom de la rue où habite Travolta qui fait l’objet de deux gros plans insistants, au cas où l’on n’ait pas compris qu’il appartient à la race des exclus) puise du côté de Full Monty, à travers ce trio de déclassés, et reprend la structure de ces comédies musicales et de ces films sportifs où les obstacles tombent les uns après les autres. Le hic, c’est que, du coup, le moindre rebondissement se révèle hautement prévisible. Les deux larrons ajoutent même l’insulte à la vulgarité quand ils montrent le grutier syndicaliste abusant de son pouvoir pour suspendre la grève et laisser appareiller les seuls rivaux sérieux du trio, des marins polonais en goguette. La lutte des classes semble d’ailleurs être une marotte de Dubosc et Onteniente qui réduisent la fracture sociale à un simple problème de communication et de préjugés, à travers l’histoire d’amour impossible entre notre apollon en slip kangourou et sa prof de danse, une fille de famille évidemment inaccessible. Disco est un film bête, grossier et vindicatif qui réduit le monde à deux clans antagonistes : les bons beaufs et les méchants snobs. Ce manichéisme plombe la comédie car aucun des personnages n’est vraiment attachant. Le casting témoigne d’ailleurs de ce parti pris. On glosera longtemps sur le masochisme de Franck Dubosc qui paraît prendre un malin plaisir à jouer les bellâtres en survêtement moulant et aux Ray Bans démodées. Fidèle de longue date d’Onteniente, Samuel Le Bihan impose son emploi de docker par sa carrure et ses mâchoires serrées (sans doute est-il la réincarnation de l’ouvrier des Village People) davantage que par son jeu monolithique. Mais c’est Gérard Depardieu qui décroche le pompon, tout droit sorti de Quand j’étais chanteur avec sa panoplie de bateleur réduit au service minimum. Quant au quota cathodique, il est représenté par Danièle Gilbert et Julien Courbet, Francis Lalanne ne faisant quant à lui qu’un petit tour et puis s’en allant en chantonnant dans ce qui est peut-être la scène la plus inspirée de ce film ringard. On mesure là l’imagination qui a présidé à ce casting, des comédiennes aussi talentueuses qu’Isabelle Nanty et Christine Citti étant réduites à des caricatures inachevées, tandis qu’Abbès Zahmani et François-Xavier Demaison n’affichent guère plus d’épaisseur sur le plan psychologique. Chez ces gens-là, en effet, on ne pense pas, on agit, si possible dans le sens du scénario. Dès lors, qu’importe la vraisemblance, les clichés sont les plus forts. De qui se moque-t-on ? Du spectateur, voyons !