La critique du film 300

J’éprouve toujours quelque crainte à voir avancer l’alibi esthétique (et numérique) comme seul argument d’un film. Quand on vous vend une œuvre comme une expérience visuelle sans précédent, il y a toujours la possibilité qu’elle ne soit justement que cela. Si dans le désormais précurseur Sin City, le parti-pris esthétique ouvrait à une redéfinition du film noir, en tirant situations, contexte et personnages vers l’épure (vers la caricature ?), il en va tout autrement dans ce 300, film relativement débile de Zach Snyder, remarqué pour un remake du Zombie de Romero (L’armée des morts).

Le film 300

Certes, on ne peut nier que l’enrobage numérique peut, par moments, susciter une adhésion totale du spectateur, même si, au bout du compte, il peut finir par lasser, tant il ne véhicule rien d’autre que sa propre vacuité. Le choix de mêler un style heroïc fantasy (parfois ridicule, il n’y a qu’à voir ce pauvre Xerxès) à un arrière plan historique témoigne parfaitement de la volonté inaugurale des producteur et réalisateur : faire de Spartes l’alibi d’une débauche de violence sans queue ni tête, censée emporter le spectateur par son excès même et par le déluge d’effets qu’elle suscite. Arrosez le tout d’une idéologie (je ne sais pas si le mot est bien choisi) un peu nauséabonde ou simplement arriérée et voilà un cocktail parfait pour amateurs de jeux vidéo, pardon pour amateur de films d’action décérébrés. Vous me direz, moi aussi, j’aime bien les films un peu cons mais là, quand même…

Ainsi de scénario, n’en cherchez pas : quoi Léonidas, tu veux pas t’agenouiller devant le grand roi des perses, et ben, si c’est comme ça, ça sera la guerre. Un peu plus ? Et bien non, cela suffit amplement : pas de contextualisation, aucune motivation des actes, juste une obscure raison d’aller à 300 faire la guéguerre aux méchants perses qui font qu’à bafouer la liberté. Cette peau de chagrin qu’est le scénario explique alors que le film se réduise à des cris éructés et articulés à toujours plus de batailles et de morts : soit la conjugaison d’une philosophie virile de salle de sports (grossièrement, on se battra jusqu’à la mort et faut que ça saigne, car plus c’est saignant, plus c’est bon !) avec l’unique motif cinématographique que Snyder offre aux spectateurs, ralenti, ralenti puis, encore ralenti, et ce, quelle que soit la situation. Une scène de sexe (oui, il en fallait bien une…) ?

Ralenti. Une scène de bataille ? Ralenti.

Une scène pleine d’émotion où le papa vient de perdre son fiston décapité ? Ralenti. Une subite envie de laisser tomber ? Ah non pardon, je m’égare… Un critique de Positif faisait à juste titre remarquer que sans les ralentis, le film ne durerait sans doute qu’une quarantaine de minutes… ç’eut été largement assez tant il n’y a, passés les premiers temps de la découverte, rien à se mettre sous la dent.

Alors, “ this is Sparta !” ?. Non “ This is a big daube !”.

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