Les Contes de Terremer (avril 2007)

De Goro Miyazaki. Voilà, c’est fait, je viens de voir Les contes de Terremer et une chose est sûre, si le film commence sur un parricide, ouvrant la porte à bien des interprétations freudiennes (souvent assez vaseuses à vrai dire), le fils Goro n’a pas tué le père. Je rangerai donc d’emblée ce nouveau produit Ghibli dans le rang des films dont vous pouvez vous passer.

Les Contes de Terremer, animation impéccable

Bien évidemment la marque Ghibli est là et le fils suit la trace du père : style graphique à l’identique, animation impeccable, décorum bien plus européen que japonais, thématique du passage à l’âge adulte, récit d’initiation, le tout en déplaçant les lignes vers l’heroic fantasy. Mais voilà, au bout du compte, le graphisme apparaît quelque peu fadasse, à l’ambition limitée. De la même manière, là où les œuvres de Miyazaki père multiplient les foyers d’animation et les rencontres (de personnages, de nouveaux lieux etc.), l’œuvre du fils se limite à une poignée de personnages, à quelques décors aux lignes claires mais trop attendues. La narration est assez plate, dépourvue de rythme avec un privilège accordé à l’introspection. C’est d’ailleurs là que se loge la spécificité du héros de Goro : Arren est en effet un personnage tourmenté, sombre, bien plus tourné vers une forme de spleen et de mal être existentiel que les héros d’Hayao. En ce sens, il me semble beaucoup plus européen (à l’image du film lui-même), plus proche d’une philosophie ou d’une posture romantiques que de la tradition paternelle. Là où les héros du père acceptent sans sourciller les épreuves à mener pour entrer dans l’âge adulte, Arren lui ne peut s’empêcher de penser leurs significations existentielles (entrer dans l’âge adulte équivaut ici à accepter que l’on soit mortel). De même la thématique de la vie éternelle est une grande thématique romantique et c’est justement elle qui assure la cohérence du film. Le trajet du film consiste alors à reconnaître son impossibilité, à sacrifier son idée au profit de l’équilibre nécessaire entre la vie et la mort, thématique traitée assez grossièrement à vrai dire (comme toutes les pistes esquissées d’ailleurs, on aurait notamment apprècié que cette thématique de l’équilibre ait un peu plus de corps tout comme celle de la succession)…

Le principal défaut du film est sons absence de souffle, de respiration (fait marquant, l’élément aérien, si présent chez Hayao, n’apparaît vraiment qu’à la fin du film, pour son dénouement). Le choix de privilégier l’obscurité (état hautement symbolique) renforce l’impression de morosité et le film s’élève justement quand la lumière perce enfin. Mais c’est là sans doute le prix à payer pour redéfinir un héros beaucoup plus réflexif : le film gagne en intériorité ce qu’il perd en extériorité, l’évidence du trajet cède la place à l’opacité de l’initiation d’Arren. Bref, ces Contes là ne m’ont pas emballé, il y a bien quelques moments de bravoure (passages obligés…) mais le tout m’évoque bien plus l’image d’un encéphalogramme plat …

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