La colline a des yeux (juin 2006)

Du Français Alexandre Aja. Voici donc le remake du film homonyme de Wes Craven (qui le produit lui-même) que je n’ai d’ailleurs pas vu si bien que je vous parlerai de cette oeuvre comme si elle était originale (bien évidemment, l’idéal serait de la confronter avec la première mouture!). D’emblée, je peux vous dire que le film est extrèmement (dans tous les sens du terme!) efficace et l’on voit toute la maîtrise du jeune réalisateur qui semble connaître sur le bout des doigts la grammaire des films d’horreur (pour être plus précis de ce que certains appellent le film de survie -tout un programme!). L’histoire très rapidement : une famille traverse un désert qui fut autrefois le lieu d’essais nucléaires, un accident de voitures (provoqué…) et là voilà plongée au cœur de l’Enfer, pris entre les griffes d’une population locale assez…agressive!

La colline a des yeux, plonger au cœur de l’enfer

Le film s’ouvre sur des images d’archive des différentes conséquences des explosions nucléaires: ruines des paysages, des populations et surtout impacts des effets radioactifs sur le corps humain (on peut donc parler d’ancrage réaliste et historique de la fiction). La population que va croiser notre bonne et belle famille américaine est ainsi une galerie des horreurs, horreurs nées justement des essais nucléaires américains. Vestiges de mineurs et d’ouvriers sacrifiés sur l’autel du nucléaire, la monstruosité est avant tout celle que l’homme a infligé à l’homme. La famille des monstres est en ce sens le miroir horrifique de la famille américaine en voyage, la face caché et donc monstrueuse d’une civilisation qui n’hésite pas à sacrifier une part d’humanité… Ce contenu (subversif quoique tout à fait consensuel) vient donner un sens actuel ou du moins une plus value à ce pur film de genre. Mais l’intérèt est ailleurs, notamment dans les ressorts cinématographiques qui animent le film.

La colline a des yeux, le doute constant sur l’origine du regard

Partons du titre,La colline a des yeux, titre en lui-même programmatique. En effet, les yeux renvoient à la question du point de vue donc à la question du regard et de l’objectif de la caméra. Premier tour de force (qui rappelle la démarche de Shining): créer une claustrophobie à l’intérieur d’un espace ouvert, qui se voudrait, par définition sans limites (le désert). La caméra enferme donc, par son regard, les personnages dans un univers paradoxalement infini. Ce regard de la caméra pose alors la question de son origine: la force du film d’horreur est justement de jouer sur le principe de la distance/proximité de ce qui est filmé afin de provoquer le doute constant sur l’origine du regard. Ce regard est-il celui d’un personnage menaçant ou la simple transparence de la réalisation? Le personnage est-il mis en danger par le point de vue ou est-il juste suivi et montré, comme dans n’importe quel film? Alexandre Aja maîtrise parfaitement ce dispositif de doute et d’incertitude, ce qui explique pleinement la montée progressive de l’angoisse et du malaise… Autre question: à qui sont ses yeux? Aux monstres évidemment mais aussi à la famille qui, elle, circonscrit l’espace de l’horreur et délimite par son regard ce qui est ou pas monstrueux… La démarche du film est d’ailleurs une réflexion sur ce qui fait la monstruosité, ce qui la détermine et la produit. Le film de survie marque avant tout le réveil de l’instinctif et du primitif au coeur de l’humanité: la survie passe par la mise à mal des barrières morales et éthiques (en particulier l’acceptation de tuer). En réponse, on découvrira une forme d’humanité dans l’un des monstres qui sauvera le bébé de l’un des protagonistes (malheureusement, cette porteuse d’humanité est l’être le plus ressemblant à l’être humain lambda). Tout film d’horreur est ainsi porteur d’une réflexion inhérente aux lignes mouvantes de la normalité et de la monstruosité…

Le film a une capacité a faire peur et à créer de l’angoisse

La réalisation du film et son tempo sont assez excellents: une première scène qui crée les conditions de l’angoisse à venir (la partie est dans le tout…) en plantant le décor et le dispositif de l’angoisse, un premier tiers où l’on prend le temps de pénétrer l’intimité d’une famille, de s’y attacher avant de la voir se faire massacrée. Le gore est question de progression et il n’apparait réellement que dans le dernier tiers du film avec débauche de scènes vraiment éprouvantes et multiplicité d’idées pertinentes (par exemple la découverte d’un village fantôme où les monstres cotoient des mannequins: manière de montrer tout le décalage entre des essais sur de l’inanimé et leurs conséquences sur des organismes vivants…). Autre bonne idée: tuer le père dés la première confrontation, ç’est-à-dire supprimer la figure rassurante et protectrice de la famille. Vraiment, j’ai beaucoup aimé ce film, dans sa capacité à faire peur, à créer de l’angoisse à partir d’un schéma hyper codé et usé. Evidemment, à déconseiller aux âmes sensibles!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *